Entre phobie et préjugés : de la difficulté à faire accepter le véganisme à ses parents

Après avoir recueilli les témoignages de véganes en devenir, nous avons lancé un nouvel appel à témoignages auprès d’adolescent.e.s rencontrant également des difficultés à faire accepter leur véganisme à leur famille. Voici leurs histoires.

Témoignage de @up_in_the_sky

Je suis devenue végétarienne à 15 ans, du jour au lendemain, en m’étant renseignée sur le sujet et en ayant ouvert les yeux sur l’industrie de la viande. Mes parents avaient pas de soucis avec ça parce que végétarienne c’est pas trop compliqué, du coup à part quelques blagues là-dessus ça se passait bien. Mais y a un an je suis devenue végane et alors là, ce fut la cata 😅 : iels n’étaient pas du tout d’accord, me trouvaient extrémiste et super compliquée, refusaient de cuisiner pour moi (au passage, je leur ai toujours dit que je cuisinerai pour moi et qu’iels n’avaient pas besoin de le faire). Bref, beaucoup de disputes et tout. Au début, iels refusaient vraiment que je le sois mais j’étais et suis tellement déterminée qu’iels n’y peuvent pas grand chose et maintenant iels se sont plus ou moins habitué·e·s et m’achètent de plus en plus de trucs véganes style faux-mages etc. C’est chou 🙂 mais il a fallu beaucoup de temps et encore maintenant iels sont persuadé que j’aurai plein de carences alors que j’ai fait plusieurs prises de sang et tout va très bien ! Je prends bien ma B12 et je mange équilibré, enfin le plus possible 🙂

Ah et ma petite sœur est végétarienne depuis peu, du coup au final on cuisine en général un plat pour tout le monde ce qui fait que la famille entière mange beaucoup moins de produits animaux, héhé. 🌱🌍

 

Témoignage de @nenuphaar

L’année de mes 14 ans, j’ai commencé à m’intéresser à mon alimentation, savoir d’où venaient les produits que je consommais, le processus de fabrication… Et puis je trouvais que consommer de la viande ne me convenait plus vraiment. J’ai essayé d’en discuter avec ma mère mais elle m’a dit qu’il n’en était pas question, j’ai un peu laissé tomber. Il faut savoir que dans ma famille nous ne consommions pas énormément de viande à l’époque, une seule fois par jour maximum.

Consommer de la viande ne me convenait plus car je ne comprenais pas pourquoi nous, êtres humains, avions le droit de tuer sous prétexte que nous sommes « plus évolué·e·s ». Je savais que les animaux aussi avaient une sensibilité, des sentiments et ne méritaient pas que l’on décide pour eux s’iels devaient mourir ou non. De plus, je n’étais pas d’accord avec les conditions d’élevage et je cherchais un moyen pour ne plus être liée à ça et le dénoncer.

L’année d’après je reviens à la charge mais, une nouvelle fois, je me heurte à un mur.

En première, je commence réellement à modifier mon alimentation, au départ dans l’optique d’une perte de poids, et je reviens à la charge quant à mon obligation de consommer de la viande. Ma mère me répond qu’elle n’est pas d’accord mais accepte tout de même que nous en consommions moins qu’avant. Je fais découvrir à mes parents des alternatives végétales, steaks végétaux, tofu, légumineuses… Ma mère, remarquant que je ne consomme plus de produits laitiers de mon plein gré, se prend un peu au jeu et m’achète des yaourts au soja, un peu contrainte certes, mais elle souhaite me voir manger. En réalité, je suis en plein plongeon dans l’anorexie et si ma consommation de produits d’origine animale diminue, c’est principalement à cause des calories. Je finis par atteindre un poids trop bas et, lors de mon hospitalisation, on me force à remanger de tout. C’est très dur mais je n’ai pas le choix. Mon anorexie a commencé au début de mon année de première. Au début je me sentais mal à l’aise dans mon corps, je voulais perdre quelques kilos pour me sentir mieux. Et puis je n’étais pas très heureuse, je n’aimais pas mes études et ma relation avec ma mère avait changé, je me sentais seule et invisible… C’est à ce moment là que j’ai commencé à réellement considérer les bienfaits d’une alimentation végétale, en plus de l’absence de cruauté animale. J’ai donc commencé à manger plus sainement, trouvé un nouvel équilibre. J’ai perdu les kilos que je voulais et puis, finalement, tout a basculé et je n’ai pas su conserver cet équilibre. C’est pour cette raison qu’après mes parents ne voulaient toujours pas que je sois végétarienne, pour eux c’était lié au début de mon anorexie et à la restriction. De plus, aucun réel argument n’a jamais été avancé. Je pense qu’iels avaient surtout peur que je n’aie pas les nutriments nécessaires, que je manque de protéines, de fer… Et puis nous sommes tellement habitué·e·s à consommer de la viande «naturellement » qu’iels ne voyaient pas pourquoi arrêter.

Des disputes il y en a eu, oui ! Dès que je relançais le débat ou refusais de manger de la viande, le ton montait entre mes parents et moi. Je me souviens d’une fois où mes parents voulaient que je mange un steak, je n’en voulais pas, j’ai bien fait attention à ce qu’il ne touche pas le reste de mon assiette et je ne l’ai pas mangé. Mes parents se sont énervés, moi aussi, et j’ai quitté la table. J’avais vraiment besoin qu’iels comprennent que je ne voulais plus consommer de viande.

Au début de l’année 2016, je demande, encore une fois, si je peux devenir végétarienne, cette fois-ci pour des raisons d’éthique et de goût, après avoir regardé le documentaire «Earthlings» en particulier. Je ne consomme de la viande et/ou du poisson que deux fois maximum par semaine, le weekend. Ma mère s’y oppose, ma nutritionniste aussi. Cependant, j’ai de nouveau le droit de consommer des yaourts et laits végétaux à la place des produits laitiers ! En septembre de cette même année, je quitte le domaine familial pour poursuivre mes études. Enfin, je peux manger comme je le veux, sauf le weekend ou pendant les vacances.

Janvier 2017, mois décisif. Toute ma famille se réunit chez moi pour fêter l’anniversaire de mon frère et il s’agit également de la dernière occasion pour moi de voir ma soeur avant qu’elle ne parte six mois à l’étranger. Seul problème : les repas. Je finis par appeler ma mère et lui dis que j’aimerais bien rentrer, mais comme je sais que je vais devoir consommer de la viande ou du poisson, je préfère rester seule. C’était un peu du chantage, mais ça a marché. Ma mère avait surtout peur que cette transition me fasse rechuter, finalement elle a vu que je compensais la viande par autre chose et que je mangeais de tout à côté. Pendant plusieurs mois, elle a constaté l’évolution positive que mon alimentation avait. Le retour de mes règles après deux ans sans, à nouveau le plaisir de manger, de découvrir, de tester, un moral en hausse… Huit mois plus tard, une prise de sang a confirmé que je n’avais aucune carence et que mon taux de fer n’avait jamais été aussi haut ! Lors de mon dernier rendez-vous avec ma nutritionniste, celle-ci a vu d’un mauvais oeil mon alimentation. Ma mère m’a défendue, assurant que je mangeais bien et qu’en dehors de la viande et du poisson je mangeais de tout. Honnêtement le fait qu’elle soit de mon côté sur ce point montre l’évolution qu’il y a eu. Désormais je suis végéta*ienne. Lorsque je suis seule je mange exclusivement végétalien, mais pour des raisons de vie en communauté et de santé (l’anorexie n’étant jamais bien loin), je préfère me considérer comme végétarienne lorsque je sors ou mange chez mes parents. C’est-à-dire que je mange le beurre que ma mère utilise pour cuisiner et les gâteaux préparés puisque je ne consomme pas de lait, ni de yaourt et que la plupart des fromages possèdent de la présure d’origine animale donc je n’en mange plus. Récemment, ma mère m’a confiée que même eux ne mangeaient pratiquement plus de viande.

Alors je suis contente d’avoir tenu tête à mes parents, de m’être battue pour que mon alimentation soit acceptée par tous les membres de ma famille (qui désormais font très attention lorsque je mange avec eux !) Et qui sait, peut-être qu’un jour eux aussi deviendront végétariens et qu’iels accepteront plus facilement la cuisine végétalienne ! Je travaille encore sur ce dernier point 😉.

 

Témoignage de @kirin_devil

J’ai 15 ans, en début d’année je décide de devenir végétarienne sur un coup de tête, toute ma famille accepte, certain·e·s ne comprennent pas trop (dans ma famille paternelle, on mange de la viande à chaque repas) mais ça passe. Après plusieurs mois de réflexion sur le sujet, j’en viens à la conclusion qu’il faut que je devienne végane. Si c’est la toute petite chose que je peux faire pour les animaux alors je le ferai. Mais voilà, le mot végane fait peur… De bon matin je me lève pour en parler à ma mère (je suis décalée donc je ne dors pas la nuit, j’ai donc pas mal d’énergie tôt le matin au contraire de mes parents). A peine ai-je dit « je souhaite être végane » que mon beau-père me lance « on ne parle pas de ça » ce qui m’a mise en colère, je dois l’admettre. Le lendemain matin, je reçois un mail de ma mamie (je vais faire un copier coller).

« Coucou, j’étais réveillée ce matin de bonne heure et je pensais à toi et ton végane. Ne pas utiliser le lait ni le beurre c’est franchement n’importe quoi. Les vaches ont été créées ainsi, elles mangent de l’herbe et ça devient du lait. Si tu ne les trais pas, elles vont mourir parce que leurs mamelles seront pleines et, même si elles ont un petit, il y aura encore et toujours du lait. Donc tu les trais et tu fais quoi ? Tu jettes le lait ? Pareil pour les ânesses et les chèvres. On ne les oblige pas à faire du lait, elles le font NATURELLEMENT et le consommer c’est naturel. Et avec le lait tu fais du beurre, ça aussi c’est normal, et des fromages blancs, etc. Alors végétarienne ok mais végane c’est n’importe quoi, c’est un truc des temps modernes inventé par des gens qui ne sont pas dans la misère. Dans les pays pauvres, comment survivraient-iels s’iels n’avaient pas au moins le lait de leurs animaux ? Et les premiers hommes ? Et au Moyen Age ? Comment l’espèce humaine aurait survécu sans les animaux ? Aujourd’hui ok il y a trop d’élevages intensifs et je comprends que des personnes comme toi ne veulent pas manger de viande parce qu’il faut tuer un animal, admettons, il faut aussi diminuer notre consommation de viande. Mais se passer de lait que la nature nous donne et des produits qu’il nous donne c’est n’importe quoi ! Au lieu de passer ta nuit sur les réseaux pour voir les véganes qui sont en train de devenir dangereux, tu ferais mieux de t’occuper de tes animaux que tu prétends aimer. Excuse-moi, je suis un peu en colère après toi et j’aimerais que tu réfléchisses à tout ça si c’est possible. Je t’aime, je connais tes difficultés mais ce n’est pas une raison pour ne rien dire. J’espère que tu ne seras pas fâchée après moi. »

[…]

Quand j’ai reçu ça, je savais pas quelle réaction avoir… x) J’ai dû faire un long mail pour déjà expliquer que non, une vache ne fait pas du lait en mangeant de l’herbe mais en ayant un petit comme tout autre mammifère… J’ai dû expliquer ça à ma mamie, elle a presque 70 ans ! Enfin bon… J’ai eu et j’ai aussi de nombreuses disputes avec mon beau-père allant jusqu’aux pleurs, j’en ai aussi avec ma mamie qui sort en chuchotant des « c’est n’importe quoi.. » avec un petit rire, etc. Aujourd’hui je suis pas encore végane parce que ma mère m’a dit que la condition est que je gère les courses et que je me fasse à manger. Condition que j’entends, c’est pas le souci, mais j’ai pas mal de difficultés et tout ça est source d’angoisse pour moi. Mais je vais y arriver !

Déjà être végétarienne c’était vraiment un coup de tête, je n’ai pas vraiment réfléchi à la question avant. J’avais le besoin de ne plus me nourrir de souffrances mais je connaissais vraiment rien sur le sujet. J’ai arrêté de manger de la viande et après je me suis mise à me renseigner. J’avais vraiment une mauvaise image du véganisme et je pense que c’est pour ça que j’ai mis un certain temps à me pencher sur la question. Puis j’ai regardé les images de L214, regardé le documentaire Terriens, lu des blogs pour l’alimentation végane, etc. Et c’est là que j’ai vraiment ouvert les yeux. Je ne pouvais pas cautionner ça, c’était trop horrible. Alors pour les animaux j’ai décidé d’être végane. Mais comme je le disais, j’ai beaucoup de difficultés dans ma vie alors j’arrive pas à faire face à mon angoisse de cuisine, mais je mange de plus en plus de plats végétaliens quand même. Après pour les arguments… On m’a dit tellement de choses que tout s’emmêle… On m’a dit que ça jouait trop sur les sentiments, qu’il y avait pas assez de preuves scientifiques et que c’était trop extrême, mais ce qui revient le plus, c’est qu’on me censure beaucoup sur le sujet. Les disputes avec mon beau-père sont très difficiles et c’est très dur pour moi de rester crédible dans ce genre de situation après un moment particulier. Comme ça je ne vois pas.

 

Témoignage de marierrchrd

Donc moi c’est Marie, 14 ans, en 3ème et je suis végane depuis 6 mois à peu près. Après un an ou deux à voir passer des vidéos Youtube ou des livres sur le véganisme partout autour de moi (surtout sur internet), j’ai décidé d’un coup de m’y intéresser plus sérieusement. J’ai fait un exposé d’une heure sur l’exploitation animale dans toutes les classes de mon collège, ce qui m’a permis d’encore plus approfondir le sujet puisqu’au départ j’y connaissais rien. Et pendant ce laps de temps (avril/mai), j’ai commencé à expérimenter des recettes VG, à aller m’acheter des alternatives véganes en cosmétiques, alimentation. Et mes parents ont pris ça pour de la curiosité. J’ai ensuite instauré des journées véganes par semaine (d’abord une puis deux puis un jour sur deux). Puis, je me suis lancé le défi, au début des grandes vacances, de devenir végane pour la rentrée scolaire au maximum. Etant allergique au lait, cela a peut-être été plus simple pour moi : j’ai commencé par supprimer les oeufs, le poisson et plus progressivement la viande (ça a été le plus compliqué car j’en mangeais à tous les repas). J’ai fini ma transition en début août.

Mes parents ont, comme je l’ai dit précédemment, pris ça à la légère au début. Puis quand je leur ai annoncé que j’allais vraiment devenir végane, iels ont pensé que j’allais faire ça très progressivement alors que j’en avais pas du tout l’intention. Ils ont assez mal réagi, tout d’abord parce qu’iels ne comprenaient (et ne comprennent toujours) pas que je sois végane car je suis totalement contre l’exploitation animale. Pour eux, l’exploitation est « naturelle » mais la souffrance aurait pu en être un argument… Ils ont cru que je m’étais fait laver le cerveau, que j’étais devenue extrémiste en quelques semaines. Il y a eu beaucoup de disputes entre eux et moi, surtout aux repas. Pendant 3 mois je dirais, il ne s’est pas passé un repas sans que nous en parlions : je leur expliquais encore et encore pourquoi j’avais fait ce choix, j’essayais de leur expliquer la notion d’antispécisme (qu’iels n’arrivent toujours pas à comprendre) et en quoi le véganisme n’est pas dangereux pour ma santé. Ça a été le plus compliqué je pense, parce que c’était ce pourquoi iels avaient le plus peur, que je sois en mauvaise santé, que j’aie des carences, que je ne puisse rien manger du tout à la cantine… Une fois qu’iels ont compris et vu que j’allais bien, que je prenais correctement ma B12 😉, nos discussions se sont apaisées. De leur côté, iels mangent quand même moins de viande qu’avant et ma mère est presque végétarienne.

Et de mon coté, le véganisme a été une vraie porte d’entrée sur plein de découvertes positives : que ce soit par rapport au véganisme ou même par rapport à d’autres thématiques auxquelles je suis beaucoup plus ouverte qu’avant. Je me sens beaucoup plus en accord avec mes valeurs si je puis dire et bien dans mon corps et ma tête également. Courage à tous les nouveaux véganes qui sont encore sous la responsabilité de leurs parents, malgré les quelques mois difficiles, tout se résorbe au bout du compte. 🙂

 

Témoignage de @Lyviaff

Au début ça passait pas, mais j’ai tout simplement arrêté de consommer des produits d’origine animale, sans leur laisser le choix. Alors au début ça criait, mais quand je leur ai demandé de me sortir des arguments, et que je les démontais un par un à coup d’études scientifiques et de bon sens, iels ont arrêté de l’ouvrir.

Maintenant ça fait presque deux ans et iels ont plus de problème avec ça tant que je ne leur fais pas de remarque sur leur propre consommation. ✌️

Iels trouvaient ça idiot, pensaient que je faisais « ça » pour me rendre intéressant et s’inquiétaient sur ma santé. Je leur ai simplement expliqué les raisons éthiques et écologiques qui m’ont poussé à faire ce choix, et des études démontrant que l’alimentation végane était meilleure pour la santé (moins de risques d’accidents cardiovasculaires, de cancers, de diabète ou de cholestérol, pas de soucis de carences si l’on fait un minimum attention à ce que l’on mange).

 


 

Témoignages recueillis par Noita et Saoyiste

2 commentaires à propos de “Entre phobie et préjugés : de la difficulté à faire accepter le véganisme à ses parents

  1. Des témoignages enthousiasmants et qui m’apportent espoir pour que enfin nous nous civilisions rapidement 🙂 Vegan depuis 2012, j’aurais aimé avoir un éveil au vôtre pareil, bien avant mes 40 ans !

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