L’activisme est-il un humanisme ?

Notes mentales pour descendre de ses grands chevaux

 

Quand est-ce qu’on sait qu’on est devenu végane ?

Pour moi, c’était quand je venais de reposer le bouquin de Alice Ferney, Le Règne du vivant1. Je me suis dit :

« Woah, ce mec-là, Paul Watson, et son équipage, ils donnent tellement de leur temps à l’écologie ! Et en plus ils mangent végétalien. Moi je fais que dalle. Je pourrais au moins manger végétalien ».

À l’époque, j’habitais Montréal, j’avais déjà beaucoup réduit ma consommation de viande, j’avais quasiment arrêté le fromage, et je mangeais encore des œufs. En décidant d’arrêter totalement les produits animaux, la quantité d’argent que je donnais aux industries de l’élevage est simplement passée de « pas beaucoup » à « rien ». Le vrai changement, lui, s’est fait à l’intérieur : je suis devenu convaincu que manger végétalien, c’était bien.

Il se trouve que ce qui était alors une toute nouvelle conviction personnelle est également un constat soutenu par des faits : chaque année, mille milliards d’animaux sont tués pour notre consommation, alors qu’un régime végétalien est adapté à tous les âges de la vie. La souffrance extrême que subissent ces animaux non-humains n’est donc pas nécessaire. Mais cette justification-ci est venue après, ce n’est pas grâce à elle que j’ai commencé à m’impliquer. Ce qui a tout fait bouger, c’est ce changement de perspective : « manger végétalien, c’est bien ». C’est grâce à lui que le reste est venu : je me suis renseigné au niveau des vitamines, j’ai trouvé des moyens pratiques de satisfaire mes besoins nutritionnels2,3  ; j’ai visité le Festival Végane de Montréal, j’ai regardé Earthlings. J’ai pris conscience de ce que par quoi passaient les animaux, j’en ai parlé autour de moi, j’ai fait de l’activisme. Et aujourd’hui j’écris comme rédacteur bénévole pour un magazine végane. Pour simplifier, on pourrait dire que tous ces changements ont découlé de quelques heures de lectures et d’un changement de perspective. Niveau retour sur investissement, c’est assez fort ! Toutes les infos nécessaires étaient déjà en ligne, il n’y avait qu’à aller les chercher, tout ce qu’il fallait c’était allumer la mèche. Quand je prends du recul sur mon évolution, je suis toujours étonné du peu qu’il a fallu pour amener tout ça.

 

Prendre du recul

Aujourd’hui, je suis convaincu que les raisons d’être végane sont justes, et même que le raisonnement logique est imbattable. Seulement, cela n’est que la conséquence d’une recherche d’informations entreprise de moi-même. Il n’y a aucun doute que le changement de perspective que j’ai vécu m’a aidé à être ouvert aux arguments pour le véganisme. De fait, nous ne devons pas oublier cet aspect lorsque nous parlons du véganisme : nous humain·e·s sommes des êtres émotionnels. C’est-à-dire que les convictions de notre interlocuteur·rice sont à prendre en compte dans l’équation de notre activisme. Cela implique une bonne et une mauvaise nouvelle, et je vais commencer par la mauvaise.

Nos émotions peuvent être plus fortes que notre raison. Lorsque le cerveau humain rencontre des informations contradictoires à des croyances déjà établies4, le cerveau réagit un peu comme si l’on était agressé physiquement : il cherche à défendre ses convictions qu’il identifie comme siennes. Nous expérimentons tou·te·s cela d’une façon ou d’une autre, quelles que soient les convictions concernées. Pour ne pas le subir, il faut être capable de prendre de la distance et de questionner honnêtement ses convictions.

À l’inverse, ces mêmes convictions qui nous maintiennent dans nos anciennes habitudes, une fois changées, peuvent avoir de grandes conséquences. Après mon changement de perspective, le travail de recherche d’info et de réflexion est venu de moi-même. Et c’est peut-être d’amener ce genre de changement qui, à long terme, aura le plus d’impact pour les animaux.

S’il suffit de donner la première étincelle aux gens pour qu’iels en viennent d’eux-mêmes à faire de l’activisme, alors il faut s’assurer que ces « accroches émotionnelles » soient aussi diverses que possibles, pour toucher un public varié. Lorsque les gens veulent s’informer par eux-mêmes, le monde change plus vite.

 

Pour conclure

Il y a ceux et celles qui sont véganes, et ceux et celles qui ne le sont pas, du moins c’est comme cela que les choses sont souvent présentées. Les batailles d’arguments font rage sur Internet, mais je ne crois pas que les gens consomment encore des produits animaux parce qu’ils soient convaincus d’avoir les meilleurs arguments. Manger de la viande, des produits animaux, et par extension soutenir l’exploitation animale se fait surtout par habitude, confort, goût et tradition, et ces choses-là sont très humaines. Elles nous influencent tou·te·s, que l’on se dise végane ou non. En plus d’expliquer autour de soi les bonnes raisons de devenir végane, il est aussi nécessaire d’avoir à l’esprit que ceux et celles qui ne se sentent pas encore concerné·e·s par la situation des animaux non-humains sont – gros spoiler – des humain·e·s comme vous et moi. Je pense que garder cela en tête aide à ne pas voir les choses en noir et blanc, et aide aussi à ne pas prendre de haut « tous ces gens pas véganes ».

Tout en continuant à porter les arguments en faveur du véganisme, il est important de faire preuve d’empathie avec nos semblables, et ce dans l’intérêt des animaux. Plutôt que de juger, éduquer. Plutôt que de médire, agir.

Paul Louyot

 


Notes :

1  Le Règne du vivant est une fiction largement inspirée de la vie de Paul Watson, fondateur du groupe activiste Sea Shepherd dont le but est d’empêcher le braconnage illégal de baleines et de protéger les océans.

2 « Ah les lentilles c’est pas cher en fait. »

3 « Ah mais le houmous c’est la vie ! »

4 Ces croyances pouvant être, par exemple, qu’exploiter les animaux est normal, naturel ou nécessaire.


Sources :

Doe, J. (s.d.). POURQUOI ? PARCE QU’EUX #1 – LE VÉGANISME. Récupéré sur https://www.youtube.com/watch?v=wt4s2QoU3G0

Ferney, A. (s.d.). Le Règne du vivant.

Francione, G. L., & Charlton, A. E. (s.d.). Petit Traité de Véganisme.

Monson, S. (Réalisateur). (2005). Earthlings [Film]. Récupéré sur https://www.youtube.com/watch?v=Yqa2Pj_HMyI

Taft, C. (s.d.). Motivational Methods for Vegan Advocacy: A Clinical Psychology Perspective.


Crédits images : Ben White & Francisco Moreno on Unsplash

 

Un commentaire à propos de “L’activisme est-il un humanisme ?

  1. La question de la prise de recul est très important, c’est vrai.
    Combien de fois me suis-je sentie agressée par des campagnes de mouvements que je soutiens pourtant en tant que végane … Je n’ose alors imaginer ce que cela peut donner sur une personne qui mange des produits animaux et qui ne s’est pas penché sur la question. En voyant cette violence, réelle, dénoncée par des militants, il risque de l’associer auxdites militants et alors d’avoir une image négative. Quoi qu’en dise certains, je suis parfaitement d’accord avec cet article, surtout sur les points qui concernent l’absence de jugement et de mépris dont tout le monde devrait faire preuve …

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