Lorsqu’il a fallu que je me décide entre la marche à Paris et quelques jours de plus de vacances avec mes enfants, je vous avoue que j’ai eu le cul entre deux chaises. Les enfants avant tout d’un coté, LA marche à laquelle il est important de faire le plus de bruit possible de l’autre. Sans parler du plaisir de rejoindre les végépotes, croiser nos youtubeurs/blogueurs préférés, dépanner un marqueur à l’un, deux Euros à l’autre pour un pin’s ou un morceau de gâteau et, me concernant, venir à la rencontre de mes lecteurs de qui j’ai plutôt l’habitude de me cacher, syndrome de l’imposteur oblige. Finalement, mes enfants ont eu raison de moi. Je me suis consolée en me disant que j’irais à celle de Munich, ou au 24h Cube of Truth de Berlin. Bon, le Cube je l’ai eu dans l’cul, il ne fallait donc pas rater cette marche.

Et j’y suis allé, accompagnée de mon ex-mari s’improvisant activiste pour la première fois. Et c’est la déception totale.


Munich est une ville verte, vegan-friendly, où une grande majorité des restaurants proposent quelques alternatives végétariennes, souvent même végétaliennes. Il y a foule de restaurants véganes au centre ville, du salon de thé au kebab en passant par des wraps, des gâteaux crus, des Viet’, même un japonais full végane, avec « fake » thon et saumon. Une enseigne qui cartonne à Munich et commence à se développer dans toute l’Allemagne, Hans im Glück, propose des burgers avec de la viande, végétariens, végétaliens, et pour avoir goûté les 3, suivant mon évolution vers le véganisme, je peux vous dire qu’ils sont canons. J’y allais souvent avec une bande de copains carnistes qui m’ont avoué avoir parfois déjà essayé les burgers sans viande et apprécié assez pour recommencer à l’avenir.
Chaque Noël, il y a un marché végane le temps d’une journée, et un autre vegan-friendly aussi et surtout organisé par une association d’artistes notamment tagueurs, arts du cirque et musiciens. J’adore y aller, je peux déguster un kebab au seitan avec des frites fraiches et profiter de quelques acrobates pendants que les enfants courent un peu partout avec d’autres enfants, certains portant un sarouel du haut de leurs 5 ans, bande de petit.e.s veinard.e.s. A Tollwood, festival bi-annuel de musique de la ville, on trouve toujours des stands véganes, ainsi qu’au Backstage, un des lieux préférés des amateurs de concerts de la ville. J’y ai mangé des hamburgers et nuggets véganes avec des frites il y a quelques jours, délicieux… Et puis surtout, si un restaurant ne propose rien de végane… il n’y a qu’a demander. Personne ne nous regardera de travers. Même aux maternelles fréquentées par nos enfants, personne n’a été choqué par le fait qu’ iels suivent un régime alimentaire végétalien, pas même les directrices. Bref. C’est une ville où être végane est agréable et facile. Enfin, un peu moins quand t’es français et que les seuls frawmages que tu trouves c’est des machins à tartiner.

Sauf que…

On croise quelques militants dans le U-Bahn, équivalent du métro, je me dis que ça commence bien. On les suit jusqu’au perron de Marienplatz, l’endroit où si vous n’aimez pas la foule il ne faut pas mettre les pieds en décembre ainsi qu’en juillet/août. Et là où je m’attendais à voir plusieurs centaines de personnes, peut-être des milliers, il y a deux stands et un groupe de percussions, ainsi qu’une vingtaine de militants avec ou sans pancartes.

Où sont les associations allemandes ? Je ne vois même pas Peta, ou Sea Shepherd, ou 269. Pas de stand de nourriture non plus, à peine un petit coin qui propose de la salade de quinoa, une glace au lupin, ou une bruschetta composée uniquement de pain, tomates et oignons. Les courgettes et les poivrons ont-ils fui les véganes pour sauver leur peau ? La télévision diffusant les images est presque invisible pour les gens qui passent, elle aurait due être posée ailleurs au moins le temps du regroupement et des discours, et je remarque deux ou trois autres petites incohérences. Bref, où sont les véganes et c’est quoi cette organisation ?

On me demande de me mettre derrière un groupe de personnes tenant une grande banderole, et les percussionnistes commencent. La foule commence à former un grand cercle, ça filme, ça danse, ça « selfisie ». Quand une militante commence un discours, tout le monde s’en va. Je sens mon cœur qui se déchire. J’ai envie de leur crier de rester, que c’est important d’écouter ce que la personne a à dire derrière le micro. Quelques applaudissements retentissent de temps à autre. Puis ça recommence : percussions, foule, fin des percussions et la foule qui s’en va sans même prendre un prospectus. Je pense à Jihem qui dit souvent que lorsqu’il lit des énormités, des envies de violences pouvant lui causer 20 ans de taule l’envahissent. C’est à peu près ce que je ressens aussi à ce moment-là. De l’extérieur j’ai l’air très calme, mais à l’intérieur de moi, c’est la guerre civile.

Il est plus tard que je ne l’aurais voulu, j’ai trop chaud, la marche ne démarre pas, mon ex-mari et moi décidons de rentrer, car il faut que j’écrive vite cet article. Ce soir, je sors et demain j’ai d’autres choses à faire, il faut donc rentrer et taffer. Le temps de prendre encore quelques photos, la marche se met péniblement en route, entraînant non sans mal une petite centaine de militants.


J’ai du mal à comprendre pourquoi une ville aussi vegan-friendly ne mobilise pas plus de gens. Peut-être qu’à l’approche de la mi-août, pas mal de monde est en vacances.
Un pote rencontré récemment, végane, est à un festival. Un autre, non végane, se serait fait un plaisir de nous accompagner mais il travaillait. Je relativise en me disant que ce n’est que leur troisième, ce qui doit probablement jouer, qu’ils ont touché des gens, planté quelques graines qui pousseront peut-être, et que chaque année ils seront plus nombreux. Mais je dois vous avouer que j’ai malgré tout un petit pincement au cœur.

Munich, j’attendais mieux de toi, mais t’en fais pas, je suis de retour pour un an, ça fait au moins une personne de plus à chaque manif.

Noita

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