Paroles de militants

Regarder les images. Les images d’horreur. De torture. De tuerie. Les voir. Les enregistrer. Les intégrer. Les refuser. Devenir végane. Se dire qu’on peut être fier.e. Ne plus participer au massacre de ces millions d’animaux. Supprimer de notre quotidien tout ce qui pourrait être issu de leur exploitation…

Et puis un jour, réaliser que cela ne nous suffit plus. On peut faire mieux.

Alors on décide de se lancer dans le militantisme.

Mais comment devient-on militant.e de la cause animale ?

Qu’est-ce qui fait qu’un jour la décision s’impose à nous ? L’envie de justice nous tenaille au point qu’à un moment, on trouve la force, le courage, la motivation pour entrer en contact avec une association.

Pour devenir nous aussi défenseurs et défenseuses des opprimé.e.s, sur le terrain.

Quel mode d’action choisir ? Comment intégrer un groupe ? Comment oser se lancer ? Comment cela va-t-il se passer ?

Ces questions, et bien d’autres, Isabelle, Adeline et Olivier se les sont certainement posées.

Tous trois membres de l’antenne dijonnaise de l’association L214, leurs parcours différents sont éclairants et inspirants pour qui voudrait s’engager dans cette voie.


 

Olivier, tu as 31 ans. Peux-tu nous dire quel a été ton parcours pour arriver jusqu’au véganisme puis au militantisme ?

C’est suite à des cours de philosophie sur la question animale que je me suis tourné vers le végétarisme, pour des raisons morales. C’est quand j’ai commencé à militer que je suis devenu végane. J’ai rencontré les membres d’une association militante à la fac et j’ai commencé à organiser des événements avec eux. Depuis, je milite dans plusieurs associations.

Tu es un des deux fondateurs de l’antenne L214 à Dijon. Peux-tu nous dire pourquoi et comment cela a été possible ?

J’étais auparavant militant pendant 2 ans à Rennes.

Arrivé à Dijon, voyant qu’il n’y avait apparemment pas d’association militante sur la question animale, je me suis dit qu’il était impératif d’ouvrir une antenne L214.

L’idée était d’augmenter la visibilité de cette association, qui était alors peu présente dans cette partie de la France, tout en continuant à militer.

Il a suffi de contacter L214 et de leur dire que nous étions intéressé.e.s pour ouvrir une antenne, puis les référent.e.s réseaux ont pris contact avec nous pour les détails de la mise en place.

L’antenne de Dijon existe depuis fin octobre, début novembre 2017.

A-t-il été facile de recruter des bénévoles ?

Oui, via Facebook, nous connaissions des dijonnais.e.s sensibles à la cause animale et impatient.e.s de pouvoir militer avec L214.

Par conséquent, dès notre première action (un tractage), nous étions déjà presque une dizaine et de nombreuses personnes ont rejoint le groupe après nous avoir croisé.e.s à cette occasion.

Quels types d’actions faites-vous ?

Nous faisons beaucoup de tractages (environ deux par mois), et nous essayons de faire les actions coordonnées nationalement par L214.

Nous avons aussi pu tenir quelques stands et nous avons réussi à organiser la projection d’un documentaire à Besançon (courant juin).

Lesquelles doivent respecter l’agenda national de l’association L214 ? Toutes vos actions sont-elles référencées sur celui-ci ?

Les tractages ne suivent pas forcément l’agenda et n’y sont pas notifiés, contrairement aux autres actions (coordonnées, stands, projections, enquêtes, campagnes, etc.).

Comment faire pour solidariser le groupe et conserver la motivation de chacun ?

Bonne question ! Je pense que les temps off, après les actions notamment, sont extrêmement importants pour permettre à chacun.e de se connaître et pour développer les affinités et les motivations.

Les réunions de nouveaux bénévoles sont importantes également. Ainsi, ils peuvent rencontrer des personnes qui militent déjà et venir aux actions en se disant « je connais un.e  tel.le, du coup je ne serais pas tout.e seul.e ».

Parlons de toi, maintenant ! Qu’as-tu ressenti lors de ta première action ?

Ma première action était un tractage pour L214. J’étais stressé, j’avais peur de faire n’importe quoi et de dire n’importe quoi. Mais au final ça s’est très bien passé, j’ai dû discuter avec de nombreuses personnes (et je ne pense pas avoir dit n’importe quoi !).

J’ai adoré ça. J’ai embarqué pour la défense des animaux.

Les réactions des personnes abordées doivent être multiples. Quels sont ton meilleur et ton pire souvenir d’un tractage ?

Mon meilleur souvenir est en deux temps. Lors d’un tractage, un monsieur vient me parler des animaux et me dit qu’il ne supporte pas l’idée qu’un animal puisse être exploité. Au bout d’un moment, un peu gêné il me dit qu’il a acheté un t-shirt L214 mais qu’il n’ose pas le porter parce qu’il mange de la viande. « Ce n’est pas honnête », me dit-il. Par conséquent je lui explique qu’il ne doit pas avoir honte de porter le t-shirt, que le fait qu’il se soucie des animaux est le plus important et qu’il arrêtera de manger de la viande petit à petit. Trois mois plus tard, lors d’une Vegan Place, il me voit dans la foule et vient me dire : « Je porte le t-shirt et j’ai arrêté de manger de la viande ».

Je crois que je n’ai pas de pire souvenir de tractage, sauf peut-être les sessions où nous ne sommes que trois et qu’il fait très très froid !

Photo de Lorène Leruste

Face à des réactions négatives et peut-être même parfois agressives, comment garder son calme et ne pas perdre de vue son objectif, à savoir la sensibilisation au sort des animaux ?

Très souvent, quand ce type de réaction apparaît, les auteur.e.s ne font que passer. Iiels lancent « Moi les animaux, je les mange ! » tout en marchant. Il est rare qu’iels s’arrêtent. Quand c’est le cas, personnellement, je suis à l’écoute de la personne tant que cela est constructif, que je comprends qu’elle soit en colère et qu’elle souhaite s’informer. Dans ces cas-là, la discussion est possible après avoir laissé la personne s’exprimer. S’il est clair que le débat n’est pas possible, quand la personne vous coupe sans cesse pour attaquer vos arguments avec d’autres qui n’en sont pas (le fameux cri de la carotte, par exemple), alors mieux vaut laisser la personne partir, ou lui dire que vous devez continuer à tracter.

Fais-tu partie d’autres associations que L214 ?

Plus pour le moment, mais je suis toujours proche d’autres associations ou collectifs.

Comment trouves-tu le temps de t’impliquer régulièrement ?

J’organise mon emploi du temps en fonction de mon engagement politique, je réserve des moments pour militer.

Que dirais-tu aux personnes qui ont envie de se lancer dans le militantisme, mais qui ont peur de ne pas en être capables ?

« Viens une fois pour voir, tu n’es même pas obligé.e. de tracter ou de parler avec les passant.e.s, tu peux juste tenir un panneau et écouter ce que la personne avec qui tu seras en binôme dira. C’est sûr que ça fait peur, mais le fait que tu aies envie de venir montre que c’est important pour toi de faire quelque chose pour les animaux, alors fais ça ; tu ne le regretteras pas. »

Que penser des actions de désobéissance civile telles que celles menées par 269 Libération Animale ?

Ce sont des actions intéressantes et nécessaires (je parle de Libération Animale, les gens qui vont dans les abattoirs). Nous avons le même objectif, mais pas les mêmes méthodes et tant mieux ! De plus, leur discours politique est centré sur l’antispécisme et non pas le véganisme (chez L214 la frontière est peut-être plus floue, bien que l’association soit antispéciste). Comme le fait remarquer Tiphaine Lagarde (coprésidente et porte-parole de l’association 269 Life Libération Animale France), le véganisme a tendance à se dissoudre dans une pratique consumériste et non pas militante. Il est important d’insister sur la dimension antispéciste du militantisme, ce que fait très bien 269.

Penses-tu que toutes les associations devraient tendre vers ce type de militantisme ?

Non, car il est important de garder une diversité d’approche au sein même du mouvement de libération animale. Les actions de 269 dérangent certaines personnes qui préfèrent militer avec L214. D’autres trouvent L214 trop réformiste et vont préférer 269.

Pour qu’un maximum de personnes milite et que la cause animale progresse, il faut préserver cette diversité (je n’ai pas parlé d’autres associations, mais il va de soi qu’il n’y a pas que 269 et L214).


 

Adeline, tu as 23 ans, et déjà un parcours incroyable dans le milieu du militantisme. Peux-tu nous parler de la façon dont tu en es arrivée là ?

Je suis étonnamment arrivée au véganisme par conservationnisme, grâce à Sea Shepherd ; je ne pouvais plus tolérer le fait de causer autant de dommages à la planète juste par plaisir gustatif. Une ou deux semaines après être devenue végane, j’ai vu les vidéos d’abattoir/élevage et il m’est devenu encore plus évident que je ne pouvais plus faire partie de ça. Je suis devenue antispéciste. Moins de trois semaines plus tard, je participais à mon premier rassemblement devant un abattoir avec The Save Movement.

Qu’as-tu ressenti lors de ta première action ?

C’était devant un abattoir, c’était non seulement ma première action mais aussi la première fois que j’étais face à des animaux autant effrayés, juste avant de passer les portes de ce lieu de mort…

J’ai aussi pu voir la façon dont les vaches étaient traitées par les employés, comment les activistes étaient traité.e.s par la police. J’ai ressenti beaucoup d’émotions, de tristesse mais aussi de colère.

As-tu des souvenirs marquants, bons ou mauvais, arrivés lors de tractages ou autres actions ?

Pas spécialement de pire, nous avons juste régulièrement des personnes pensant être plus intelligentes que les autres en faisant des remarques peu éclairées du type « j’aime le steak ». J’ai aussi eu des personnes me parlant juste pour me demander mon numéro de téléphone…

En meilleur souvenir, je me souviens d’une personne s’étant arrêtée et avec qui nous avons ensuite vraiment bien discuté.

Les argumentaires stériles et les réactions peut-être parfois agressives de certaines personnes, comment les gères-tu ?

Je pense qu’il faut savoir prendre du recul et se rappeler pour qui on se bat : les animaux non humains. Perdre son calme n’aide pas la cause, au contraire, même si ce serait parfois la solution de facilité. Trop d’amalgames sont malheureusement faits, et il faut garder cela en tête en essayant de s’élever au-dessus des remarques agressives, qui sont souvent peu éclairées.

Tu n’en es pas à ton coup d’essai avec L214 ! De quelles autres associations fais-tu partie ?

Je suis créatrice/organisatrice Dijon Animal Save et aussi co-organisatrice The Save Movement France ; je suis aussi beaucoup impliquée dans l’association Earth Resistance, bénévole Sea Shepherd, leader pour Challenge 22+ et prends régulièrement part à des Cubes of Truth du groupe Anonymous for the Voiceless.

Comment t’organises-tu pour pouvoir t’investir autant ?

C’est juste devenu une grande part de ma vie. Je suis étudiante et passe beaucoup de mon temps libre à militer, car cela me tient énormément à cœur et me plait.

À propos de Dijon Animal Save, peux-tu nous expliquer le fonctionnement et le but de l’association ?

The Save Movement est un ensemble de groupes présents dans le monde entier qui témoignent des derniers instants des animaux en route vers l’abattoir. Notre objectif est d’éveiller les consciences, d’aider à faire la transition vers un mode de vie végane et de créer un mouvement de justice animale.  Les différents groupes Save organisent des rassemblements pacifiques devant les abattoirs afin d’être présents dans les derniers instants des cochons, vaches, chevaux, moutons…, sur le point d’entrer à l’abattoir.

Dijon Animal Save est l’un de ces groupes. Nous organisons des rassemblements en Bourgogne-Franche-Comté (pour le moment à Beaune et Besançon).

Un conseil pour ceux qui n’osent pas encore franchir le pas vers le militantisme ?

Tout le monde est capable de militer. Le militantisme peut prendre de nombreuses formes : inviter ses amis à manger végane, militer par la désobéissance civile, participer à des tractages ou des manifestations…

Je pense qu’une bonne façon de commencer est de s’impliquer progressivement, en commençant par ce qui nous semble le plus abordable. Au fil du temps, nous nous sentons naturellement capables de faire plus et d’évoluer dans le militantisme.

Ton avis sur d’autres associations au mode de fonctionnement différent, telle que 269 Libération Animale ?

Les actions de désobéissance civile sont nécessaires à l’avancée du mouvement. Nous devons montrer que nous ne sommes pas d’accord avec le système actuel, et refuser les limites qu’on essaie de nous imposer.

Mais je ne pense pas que toutes les associations devraient tendre vers la désobéissance civile. Parce que ce type d’action est complémentaire des autres formes de militantisme, et que les autres formes ne doivent pas être abandonnées. Certaines personnes seront plus sensibles au tractage et à la sensibilisation de rue qu’à la désobéissance civile, ce que l’on doit prendre en compte.


 

Isabelle, à 49 ans, ton engagement récent pour la cause animale est néanmoins très actif. Comment l’expliques-tu ?

En fin 2016, je suis devenue végétarienne suite au visionnage d’une vidéo tournée dans un abattoir où des cochons étaient massacrés à la chaîne. Très rapidement, je suis passée au végétalisme puis au véganisme car pour moi il était logique de refuser absolument tous les produits issus de l’exploitation animale. Une continuité toute naturelle qui ne m’a pas demandé de gros efforts. Au début 2017, je ne me satisfaisais plus de n’être que simple adhérente pour des associations militant pour le bien-être animal et j’ai voulu sauter le pas vers le militantisme. De plus je me sentais assez isolée de par mes choix véganes et je percevais le fait de militer comme une possibilité de rencontrer des gens qui pensaient et ressentaient les mêmes choses que moi. J’ai donc répondu à l’appel en janvier 2017 de l’association Combactive de Dijon pour tracter contre le business de la fourrure animale. C’était mon premier pas en tant que militante active. Depuis, je ne conçois pas d’arrêter.

Qu’as-tu ressenti lors de ta première action ?

C’était un tractage qui dénonçait les « dessous » du commerce de la fourrure. Je ne connais pas beaucoup de militant.e.s qui soient fans du tractage. Et pour moi c’était le tout premier. Il y a eu l’excitation d’avoir enfin rencontré des personnes qui avaient la même vision que moi sur l’exploitation animale, la gêne de tendre les tracts aux gens en appréhendant on ne sait quelle réaction, bonne ou mauvaise, de leur part, de se demander comment les gens pouvaient nous percevoir peut-être comme des hurluberlus descendus de nos arbres ? Toutefois je me surprenais à me rappeler pourquoi et surtout pour qui j’étais là et tout reprenait un sens.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ou le plus frustrant à gérer lors des actions ?

Je n’ai pas un cas particulier en tête et je n’ai pas eu à affronter de gens agressifs. Cependant lorsqu’une personne vous présente les mêmes arguments bateau rabachés tant de fois, (« les légumes souffrent aussi »; « que vont devenir toutes les races de vaches » ; « la viande est nécessaire pour les protéines », etc), on peut avoir du mal à garder son calme !

Réaliser que certaines personnes sont complètement déconnectées d’un point de vue cognitif et ne font pas le lien entre l’animal et ce qu’il y a dans leur assiette devient alors source d’une intense frustration et une immense tristesse pour celles et ceux qui défendent la cause animale.

Photo de Adeline Coignet

Es-tu engagée auprès d’autres associations ?

Oui,  je suis adhérente à l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages, PETA, HEN (Happy Earth Now) ; j’ai également participé à des happenings organisés par d’autres associations telles que le Dijon Save Movement, International Campaigns, L269 Libération Animale et AV (Anonymous for the Voiceless).

Le militantisme réclame du temps. Comment t’organises-tu ?

Pour l’instant je ne travaille pas donc j’ai pas mal de disponibilités. Cela dit pas mal d’actions ont lieu logiquement les week-ends, permettant l’implication du plus grand nombre. Je pense qu’il faut savoir s’organiser et dévouer du temps au militantisme. Il n’y a pas de miracle, il faut se donner les moyens de le faire.

Que dirais-tu aux personnes hésitant à se lancer dans le militantisme ?

Je dirais que tout le monde peut le faire. Pourquoi ne pas commencer par quelque chose de facile, comme du tractage ou la tenue d’un stand? C’est un très bon moyen de rencontrer plein de gens qui pensent comme vous, ce qui aide à se sentir moins isolé.e. Et puis, même si le contenu des actions est très dur parfois, on se sent heureu.x.se et fier.e d’avoir pu contribuer aussi modestement que ce soit à essayer de toucher les consciences et à faire évoluer nos sociétés vers une éthique respectueuse des animaux.

Ton avis sur des modes d’actions basés sur la désobéissance civile ?

Je pense que la pluralité des associations traduit une diversité des moyens pour atteindre un but commun, aussi je suis pour. Chacun peut ainsi se rapprocher des associations et modes d’action qui lui conviennent et participer à son niveau. Il est important de travailler pour l’arrêt de toute exploitation animale sur tous les fronts car certains ont montré leurs limites (cf échec du projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation).


 

Un grand merci à tous les trois !

Si vous êtes intéressé.e.s pour rejoindre l’antenne dijonnaise L214, prenez contact via la page Facebook : J’agis pour les animaux – Dijon BFC ou par mail à cette adresse : l214dijon[a]gmail.com

 

Propos recueillis par S@WiTi pour LeTofuTeParle

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