Hier, sur Twitter, des personnes m’ont affirmé qu’être homosexuel.le est un choix, ou en tout cas que pour certaines personnes, ça l’est. Mais cette affirmation est fausse en plus d’être hautement problématique, pour ne pas dire scandaleuse.

Que s’est-il passé ? Tout part d’une vidéo qui date de près d’un an maintenant, sur la chaîne du Youtubeur La Tronche En Biais, qui s’essaie à l’esprit critique, le scepticisme et la zététique. La vidéo s’appelle « biologie et orientation sexuelle », avec pour invité Jacques Balthazart, professeur de biologie de l’Université de Liège.

Qui est cette personne ?

Selon Wikipédia : spécialisé en neuroendocrinologie du comportement, il est actuellement directeur émérite d’un groupe de recherche dans ce domaine au GIGA Neurosciences de l’université de Liège.
Il a publié en 2010 l’ouvrage « Biologie de l’homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être » qui a relancé le débat sur la question de l’inné ou de l’acquis de l’homosexualité, résumant les connaissances actuelles sur les mécanismes biologiques contrôlant l’orientation sexuelle chez les animaux et les humains. L’ouvrage va à l’encontre des théories psychanalytiques ou de théologie qui soutiennent que l’orientation sexuelle résulte essentiellement de l’éducation et de l’environnement, Balthazart estimant que l’homosexualité innée est la théorie « la plus plausible » et qu’elle dépendrait d’influences prénatales de trois types : principalement hormonales, mais aussi génétiques et peut-être immunologiques. Il mentionne qu’il n’existe aucune preuve formelle que l’homosexualité humaine soit conditionnée par le milieu hormonal auquel est exposé l’embryon, mais qu’il y aurait des éléments concordants en faveur de cette explication. Jacques Balthazart pense que son ouvrage devrait favoriser l’acceptation de l’homosexualité : « Si l’homosexualité n’est pas un vice ou une perversion, et quelque part même pas un choix, il n’y a aucune raison de persécuter les homosexuels. »

Sur Twitter, une personne de ma TL écrit : « Je me suis toujours posé cette question, on nait homosexuel ou on le devient ? Si on le devient c’est qu’à un moment il y a eu quelque chose qui a provoqué ce changement donc cela pourrait donc être une conséquence et non pas un choix ? » Moi, je pars du principe qu’aucune question n’est nulle, qu’on ne peut pas tout savoir sur tout. Je lui réponds donc sans juger qu’on ne choisit pas, et lui tweete le lien vers la vidéo en question :

Suite à quoi des individus de sexe féminin (je ne connais pas leur genre mais, question pratique, je dirais des femmes) interviennent dans la conversation et écrivent qu’elles ont choisi d’être lesbiennes. Elles m’expliquent (et que ça soit clair je l’entends, je le comprends et je respecte ça) que, parce qu’elles ont subi des oppressions de la part d’individus de sexe masculin (idem, on va dire des hommes) ou parce qu’elles craignent/refusent de vivre ces oppressions, elles ont choisi de ne fréquenter que des femmes. AUCUN PROBLÈME. J’insiste : c’est leur choix, ça les regarde, personne n’a à les juger. Moi-même, parfois exaspérée et dépitée par les comportements de mes ex petits amis, ado, je me suis dit que je devrais laisser tomber les hommes et ne fréquenter que des femmes. Qui ne s’est jamais fait cette réflexion ? Sauf que j’étais, et suis encore, bisexuelle. Que les filles avec qui je sortais étaient elles aussi bisexuelles ou lesbiennes. Et que elles, moi, ainsi que mes ami.e.s gays et lesbiennes, on a ramassé.
Je ne doute pas qu’une fois en couple, ces femmes ont souffert d’homophobie. Mais avant, à 20, 30 ans ou que sais-je, de se proclamer lesbiennes, voici ce qu’elles n’ont pas vécu.

Adolescence…

Dès toutes jeunes ou ado, elles ne se sont pas demandé si elles étaient normales. Elles ne se sont pas senties sales. Elle ne se sont pas renfermées sur elles-mêmes. Elles n’ont pas caché leur attirance pour des copines ou des stars de cinéma/musique féminines. Elles n’ont pas mis des posters de Kyo (à l’époque c’est ce qu’on écoutait) par peur de remarques, jugement si elles accrochaient au mur plutôt des posters de Pink, d’Angelina Jolie ou qui sais-je. Elles ne se sont pas forcées à s’habiller « comme des filles, des filles hétéros ». Elles ne sont pas sorties avec des mecs pour faire comme leurs copines, elles n’ont pas pleuré après s’être forcées à coucher avec des mecs. Elles ne se sont pas vues rejeter le droit de rendre visite à un oncle ou un grand-père homophobe. Elles n’ont pas fait de dépression, ne se sont pas mutilées, n’ont pas tenté de mettre fin à leurs jours. Elles n’ont pas eu peur dans la rue en se promenant avec la personne qu’elles aimaient, peur des regards de travers, des insultes, des agressions, et elles ne les ont pas subies non plus. Elles ne se sont pas faites violer parce qu’un mec « voulait leur montrer ce qu’elles ratent ». Elles ne se sont pas faites jeter de chez elles. Elles n’ont pas vécu le harcèlement, la violence, la souffrance. Elles n’ont pas dû faire une croix sur des gens qu’elles aimaient et qui étaient homophobes. Elles n’ont pas eu à choisir entre ces gens et leur orientation sexuelle. Elles n’ont pas eu à mentir, se cacher, prétendre être quelqu’un d’autre. Je pourrais continuer encore comme ça longtemps. Elles n’ont pas vécu ça parce qu’elles ne sont pas lesbiennes.

Fréquenter des femmes pour se protéger, c’est compréhensible, mais ça ne fait pas de nous une personne homosexuelle. On est homo si et seulement si on a une attirance amoureuse et sexuelle pour des personnes du même sexe, des sentiments amoureux, une envie qui prend aux tripes de faire l’amour avec. Je ne doute pas que certaines d’entre elles, en commençant à fréquenter des femmes, ont développé de vrais sentiments, une vraie attirance. Mais elles ne sont pas devenues lesbiennes parce qu’elles l’ont décidé. Elles ont simplement découvert, d’une manière peu courante, qu’elles sont bi ou lesbiennes. Donc, elles l’ont toujours été mais ne le savaient pas.

Si on peut choisir d’être homosexuel.le, alors on peut aussi choisir d’être hétéro, et quand on subit l’homophobie, on n’a qu’à décider d’être hétéro, et boum, fini le danger, l’oppression, la discrimination et tout ça. Ça n’a aucun sens. Ce que dit une autre personne qui est intervenue dans le débat est très juste :

C’est toi qui choisis de dilater tes pupilles quand tu vois quelqu’un d’attirant ? Toi qui décides d’accélérer ton pouls quand cette dernière se rapproche de toi ? Non parce jusque-là le concept de choix c’est quand même que t’en es conscient. Si tu ne l’es pas, ce n’est par définition pas un choix

et plus tard dans la conversation

les manifestations des attirances proviennent de parties du cerveau qui n’ont rien à voir avec nos activités conscientes.

Et si on pouvait réellement choisir, étant donné à quel point l’homophobie est encore présente, violente, dégueulasse, qui choisirait d’être gay ? Vous, dans le monde d’aujourd’hui, vous choisiriez d’être homo ?

La discussion est tendue, très vite on me traite d’homophobe parce que je sors avec un mec (rapport ? pas compris), de transphobe même (parce que j’ai donné la définition Wikipédia de l’homosexualité, qui est visiblement transphobe, ce qui :

  1. n’est pas de ma faute et
  2. bien que j’essaie le plus possible de m’intéresser au sujet, je ne suis pas encore assez calée pour me rendre compte de ce genre de chose).

J’ai aussi eu droit en MP à « t’as un mec, t’es pas féministe, t’as un mec, tu soutiens les oppresseurs ». Ouais, sauf que mon mec est tout sauf un oppresseur. D’où vient toute cette haine ?

Ado, avec un ami, on a tenu un Skyblog. Un des premiers pro LGBT (à l’époque c’était juste LGBT), il cartonnait. J’avais 18 piges, j’étais révoltée de la façon dont les hétéros traitaient mes ami.es. Je le regrette aujourd’hui mais à l’époque, et vraiment j’ai honte, j’étais transphobe, en tout cas porteuse de jugement. Personne ne m’a jamais touché un mot sur mes propos à ce moment-là. Aujourd’hui, je me serais fait démonter, d’une part et d’autre part on prend tes propos, on les déforme, on les sort du contexte et ça justifie pour te lyncher. On est passé d’un extrême à l’autre, du silence à la violence. Mais que s’est-il passé pendant 15 ans ? Et toujours ado, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai consolé mes potes parce qu’ils se prenaient l’homophobie quotidiennement dans la face. Je me rappelle de Loïc, Soraya, Christian et d’autres qui se cachaient, ou se mentaient à eux-mêmes pour se protéger des autres élèves et des profs. Je me souviens de mon cousin et du soulagement qu’il a ressenti quand je lui ai dit « tu sais, je ne suis pas dupe, je vois bien que tu craques sur Régis, tu peux me le dire je ne vais pas te juger », parce qu’il avait peur de l’avouer à ses parents, à notre grand-mère. Elles ne sont pas mon cousin, mes ami.e.s, elles n’ont rien vécu de tout ça.

Alors, encore une fois, je comprends et respecte leur choix de ne fréquenter que des femmes. Mais qu’elles ne disent pas qu’elles sont lesbiennes, qu’elles ne disent pas que c’est un choix, c’est faux.

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