Mes potes ne sont pas véganes

– Ah, tes anciens potes du coup ?

– Non, on est toujours potes !

– Et tu le vis bien ?

Oui, d’autant plus que je pense qu’ils pourraient être véganes. En effet, parmi eux, il y a des gens qui :

  • cuisinent leurs propres repas,
  • se soucient de leur impact sur l’environnement,
  • se soucient de leur santé,
  • trouvent du réconfort dans la nourriture,
  • vivent avec un animal de compagnie pour lequel ils éprouvent de l’affection, de l’amour,
  • apprécieraient de diminuer leurs dépenses en nourriture,
  • apprécieraient de mieux digérer,
  • apprécieraient d’avoir le high ground moral (blague) (ou pas ?),
  • ne feraient pas souffrir un animal sans raison,
  • aiment savoir d’où viennent leurs aliments et ce qu’ils contiennent (l’un d’eux m’a récemment fait découvrir l’application Yuka).

Pour moi, tous ces points favorisent une prise de conscience concernant le véganisme. Néanmoins, comme moi, la plupart de mes potes ont grandi en France.

Or voici ce qu’affirme la culture dominante dans notre pays :

  • la viande (et par extension, le lait, le fromage, les œufs, le miel) est un élément principal de la gastronomie,
  • la viande est l’élément essentiel d’un vrai repas,
  • la viande accompagne nécessairement les repas de Pâques, de Noël, et autres célébrations,
  • manger de la viande est une bonne habitude,
  • manger de la viande est normal, et même banal,
  • il n’y a pas de sortie de classe « Visite d’un abattoir » en primaire.

Cette culture influence fortement la façon dont nous voyons la viande : elle change notre perception. C’est cette culture qui explique que lorsque nous pensons au lait (de vache), nous pensons « une boisson délicieuse conservée au frais dans mon frigo », et non pas « le liquide tiède qui sort du pis d’une vache ».

Cette perception n’est pas simplement : « Nous pouvons manger les animaux ». Elle dit : « Il y a des animaux qui peuvent être mangés, et d’autres non ». Il ne viendrait à l’idée de personne de boire du lait de chienne, ou de manger du rôti de chat. Et ce n’est pas parce que l’on y a bien réfléchi, ce n’est pas parce que l’on a décidé consciemment de boire le lait des vaches et pas celui des chiennes, et de manger des cochons et pas des chats. C’est une perception qui vient de notre passé alimentaire, à l’époque où nous avions besoin des animaux pour nous nourrir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : il nous faut donc mettre à jour notre perception des animaux.

Bob c’est lui

Lui, c’est Bob. Comme le veut la culture dominante, Bob célèbre la dinde de Noël, le Big Mac et le jambon-beurre. Tant que Bob ne changera pas sa perception des animaux, il aura bien du mal à comprendre les arguments des véganes. Il ne fait pas le lien entre ce qu’il mange et l’origine de ce qu’il mange, il résume donc toute cette histoire à « Les véganes veulent m’interdire de manger de la viande ».

Cette histoire de perception me fait dire qu’être végane, cela décrit plusieurs choses :

Au niveau du comportement, c’est ne pas acheter et ne pas consommer d’animaux ni leurs sécrétions (lait, œufs, miel). C’est souvent à cela qu’est réduit le véganisme quand il est présenté dans les médias : une liste de comportements qui sont « autorisés » ou pas (sous peine de ne pas rentrer dans le fameux Vegan Club).

Mais être végane, cela se fait aussi au niveau de la perception : c’est ne pas considérer du steak comme n’importe quel légume, mais comme un animal mort (voir le livre éponyme). Changer sa perception, c’est prendre la pilule rouge.

Si on monte encore d’un cran, au niveau du paradigme (la façon de voir le monde), être végane, c’est choisir le mode de vie « qui tend à exclure, autant qu’il est possible, toutes formes d’exploitation et de cruauté faites aux animaux, afin de se nourrir, se vêtir, ou dans n’importe quel autre but » (définition de Donald Watson, fondateur de la Vegan Society en 1944).

Pour comprendre encore mieux, on pourrait ajouter que le véganisme est la conséquence pratique de l’antispécisme (cf La Révolution Antispéciste, de Bonnardel, Lepeltier et Sigler) qui revendique une égalité de considération pour les êtres qui peuvent souffrir (sentients), ce qui revient à prendre en compte les intérêts de tous les animaux.

 

Que pensent mes amis de tout ça ?

Mieux : quelle perception ont-ils de la viande ?

En vrai j’ai menti : j’ai des amis véganes. Et j’ai des amis pas véganes. Voici un petit tour d’horizon :

  • « Oh non, encore de la verdure ! » (mon petit frère, qui adore la sauce bolo au soja).
  • « Quels que soient tes arguments, je peux te justifier ma consommation de viande. »
  • « En parlant autour de moi de l’intérêt d’arrêter de manger de la viande, je me suis heurté à des murs d’incompréhension. » (un flexitarien)
  • « Pourquoi on continuerait à tuer les animaux ? Parce que c’est bon. »
  • « Peut-être que concernant la souffrance animale, je suis pas très cohérent de manger du fromage. » (un végétarien)
  • « Tu manges végane j’ai compris, mais du coup tu fais quoi concernant la souffrance des humains ? »
  • « Pourquoi il faudrait absolument que j’arrête tout ? Si c’est tout ou rien, je préfère rien faire. »
  • « On pourrait tuer les animaux en les euthanasiant, ils souffriraient moins. »
  • « Je suis contre tout interdit alimentaire. »
  • « Et du coup tu es végansexuel ? »
  • « Jihem Doe a un smartphone, donc il s’en fout des enfants dans les usines en Asie. »
  • « La viande, à la limite, je peux comprendre, mais je vois pas le souci à manger du fromage. »
  • « Et les œufs de mes poules alors, pourquoi tu les manges pas ? »

 

Où est-ce qu’on va ? Qu’est-ce qu’on fait ?

Si vous n’êtes pas véganes, voilà de la matière à réflexion.

Pour parler à votre raison, vous pouvez vous demander :

  • qu’est-ce qui justifie de faire souffrir des animaux, si leur consommation n’est pas nécessaire pour nous humains ?
  • y aurait-il une capacité qui séparerait, d’un côté, tous les humains, et de l’autre, tous les animaux non-humains, et qui justifierait que le premier groupe exploite et mange le deuxième groupe ? (la capacité de rire, de parler, le nombre de neurones… ?)

Pour parler à vos émotions, je vous encouragerais à ceci : faites le lien entre ce que vous mangez et ce que subissent les animaux. Réalisez que les animaux ne veulent pas mourir. Regardez Earthlings. C’est une chose de lire « les animaux souffrent », c’en est une autre de le voir, ou même de le ressentir dans ses tripes.

 

Et inversement ?

Comment ça se passe quand on discute avec un ami qui n’est pas végane ?

D’après Casey Taft (et son livre), il y a deux travers dans lequel il faut éviter de tomber lorsque l’on communique : être passif ou être agressif.

Être passif, c’est dissimuler ses sentiments et éviter de les exprimer ouvertement. C’est une manière de communiquer qui est rarement utile pour résoudre les problèmes.

Être agressif, c’est attaquer les autres verbalement, ou interagir de manière conflictuelle. En conséquence, l’interlocuteur est d’emblée sur la défensive, ce qui coupe toute communication.

La solution, c’est s’exprimer avec affirmation, c’est-à-dire avec respect pour l’autre, mais aussi pour soi-même. C’est exprimer comment l’on se sent avec clarté. Et c’est une qualité que nous pouvons tous pratiquer.

Ci-dessous, différentes manières de plaider pour les animaux (librement inspirées de Casey Taft) :

Bob : Le véganisme n’est qu’une religion comme une autre. Il faut vivre et laisser vivre, et ne pas fatiguer les gens qui n’adhèrent pas à votre régime extrême. Je respecte vos opinions, pourquoi vous ne respectez pas les miennes ?

Réponse passive : Je suis d’accord avec vous. Votre régime, c’est votre affaire. Certains véganes sont trop insistants. Mais pas tous les véganes ! Ne nous mettez pas tous dans le même sac.

Réponse agressive : Va te pendre. Tu massacres des animaux et tu t’attends à avoir mon respect ??

Réponse assurée : En fait, le véganisme n’est pas du tout similaire à une religion. Les véganes ne te demandent pas de croire en quelque chose qu’on ne peut pas observer directement. C’est un fait que des milliards d’animaux sont tués chaque année pour être mangés, sans aucune nécessité. Nous ne pouvons pas respecter des actes de mises à mort inutiles (présente clairement l’opinion végane, défend les animaux, sans être hostile).

 

Vais-je rendre véganes tous mes amis sur Facebook ?

La vraie question, c’est : quelles sont les limites de la communication sur Facebook ?

…ça sera pour un prochain article !

 

Conclusion

Le véganisme n’est pas une finalité en soi, c’est une étape nécessaire vers la fin de l’oppression des animaux. C’est une bonne chose que vous pouvez faire !

Comme disait Michael,

? If you want to make the world a better place, take a look at yourself, and then make a change. ?

 

Paul Louyot

 

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