Steak Machine de Geoffrey Le Guilcher

Après un passage sur la boutique de L214 suite à un poste Facebook de l’association, je me suis penchée sur ce livre qui est présenté comme une immersion au cœur des abattoirs par un journaliste sous couverture. Après les révélations toutes plus horribles les unes que les autres de l’association et ne supportant pas les images choquantes, je voulais savoir ce qu’il se passait du point de vue de quelqu’un l’ayant vécu, m’immerger par les mots.

Immersion en abattoir

Dès le début du livre, on apprend que le journaliste n’était ni végétarien ni végane en entrant dans un abattoir mais que depuis, il est devenu flexitarien (c’est-à-dire qu’il mange moins de viande mais ça, comme les études l’ont montré récemment, c’est le cas d’une partie de la population française sans avoir besoin de passer par la séquence immersion en abattoir. Le site du Monde et même celui de la-viande.fr montrent que depuis plusieurs années, la consommation de produits carnés est en baisse).

Le livre est assez court et, selon moi, ne met le problème des animaux non-humains et de la souffrance animale qu’en marge de l’immersion. Le journaliste se fait embaucher dans un abattoir. Pour préserver l’anonymat de l’abattoir, il est appelé Mercure. Le journaliste, lui, va pendant un mois être au cœur de la chaîne. Il y est décrit la difficulté du travail avec des horaires pénibles et une cadence pour faire son travail impressionnante. La découpe des animaux non-humains se fait à la chaîne, chaque personne en faisant une partie. En début de chaîne, il y a par exemple l’assommeur qui utilise un pistolet pour rendre inconscient l’animal, puis c’est un autre ouvrier qui suspend la vache normalement inconsciente sur une chaîne. Normalement.

Des conditions de travail folles

On y découvre donc les gens travaillant à Mercure, pourquoi ils y sont, le pourquoi de ce rythme, et le fait que dorénavant les endroits où l’on tue les animaux sont à l’abri des regards afin d’éviter les fuites comme celles diffusées par L214. Les personnes décrites travaillent dur, à raison d’un animal arrivant sur le morceau de chaîne toutes les minutes. En conséquence, la santé des travailleurs en abattoir est mise à mal, ils prennent des médicaments pour tenir ou de la drogue car la pression est à la fois physique mais aussi psychologique. Le rendement est nécessaire. Ce livre humanise beaucoup les travailleurs en abattoir, des gens qui essaient de s’en sortir, des boss qui doivent faire tourner une incroyable machine. Cependant, selon moi les animaux ne sont que le deuxième sujet de ce livre.

 

Quelques infos

Concernant les animaux non-humains, il y a tout de même des informations intéressantes notamment sur le nombre de tués (trois millions par jour rien qu’en France)(non, pas d’erreur de chiffre), le fait qu’au moment des retours de vacances on en tue encore plus car les gens remplissent leur frigo, qu’un animal sur cinq n’est pas tué correctement (le pistolet ne faisant que les assommer et l’égorgement n’étant pas toujours bien exécuté, il est possible qu’ils survivent un moment alors même que le travail de découpe a commencé). Aussi, les services vétérinaires testent moins d’1% des animaux pour savoir s’ils sont morts (en effet, selon le livre, cet abattoir a subi des inspections et le nombre de contrôles des vétérinaires a été jugé insuffisant), que les normes d’hygiène ne sont pas toujours suivies, qu’on a rajouté des POA partout et que donc ce qui n’est pas consommable peut tout de même être vendu (on connaît notamment la gélatine de porc mais aussi toutes les graisses qui vont servir pour la production de cosmétiques, de gélules…)

De la bonne conscience…

Je reproche beaucoup à ce livre qui pour moi est plus un plébiscite à de meilleures conditions de travail qu’à une remise en cause de notre système actuel. Il aurait été intéressant d’ajouter des interviews plus complètes sur le sujet : des réflexions sur les mises à mort sans fin, sur notre surconsommation, sur les effets environnementaux… A cela on pourra rétorquer que dans cet univers personne ne parle de ce qui est vrai.

De plus, le journaliste est ressorti de cette expérience seulement flexitarien. Il n’en est pas ressorti végétarien ou antispéciste, ce qui a pu influencer sa manière d’écrire le livre et le fait qu’il ne place pas l’animal non-humain au centre de sa réflexion, mais plutôt l’abattoir en général. Cependant, je me mets à la place de quelqu’un qui n’est pas fondamentalement pour la cause animale et qui lit ces lignes. Je me dis que la seule chose que j’en aurais retenue est la suivante : il faut plus de temps aux employés pour faire leur travail, et les animaux non-humains ne seront plus torturés. Selon moi, c’est une bonne dose de welfarisme que promeut ce livre, et pas quelque chose de plus fort, ce que personnellement, je regrette amèrement.

Dommage

Pour conclure, on peut aussi dire que le témoignage de Geoffrey Le Guilcher est une version de la vérité, sa façon d’avoir appréhendé les choses. Il n’en demeure pas moins que le premier procès d’un abattoir s’est ouvert les 23 et 24 mars à Alès. C’est le premier procès de ce type sur les vidéos de L214. Ce qui remet tout de même en cause cette vision que donne le livre du monde de l’abattoir. Les réquisitions sont notamment de douze mois avec sursis et cinq ans sans pouvoir exercer dans un abattoir. Le jugement sera rendu le 28 avril.

Marie-France
@accroendroit

2 thoughts on “Steak Machine ou la promotion du welfarisme

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