Pourquoi les véganes sont stupides, sont idiots ?

 

Peut-être devrais-je commencer par dire que je suis moi-même végane ? Histoire d’éviter que vous vouliez me soumettre au supplice du bambou tout de suite ! Vous ne connaissez pas le supplice du bambou ? C’est peut-être mieux que vous l’ignoriez, alors… De toute façon, je n’arrive pas à dire si c’est végane ou non… Mais je digresse, là… Connaissez-vous l’étymologie des mots “stupide” et “idiot” ? Non ? Eh bien ça ferait une bonne intro à cet article, vous ne pensez pas ?

 

(Je ne sais pas si je dois rire… ou être offensé?)

 

Allez, je vous explique vite fait : “stupide”, ça nous vient du latin stupefere, la stupeur, vous connaissez ? Cet état d’hébétement sous le coup de l’émotion, et il y a fort à parier que nombre d’entre vous ont été dans cet état-là au moment de la “découverte” de ce qu’était notre “consommation” avant de passer végane. Pour beaucoup, ça nous a laissés idiots… mot qui nous vient cette fois du grec ancien “ἴδιος”. Un idiome, c’est une particularité, une singularité, une originalité… nous sommes véganes dans un monde spéciste et carniste, nous ne sommes pas la norme, nous sommes marginalisés… Du coup, dans ce sens premier des mots, oui, les véganes ont été stupides et sont idiots, le problème c’est que le sens péjoratif de ces mots, que vous avez sans doute perçu en premier, est aussi souvent présent parce que de par la nature même de la “métamorphose” vers le véganisme, certains sont devenus sensibles à d’autres courants marginaux, qui profitent de la stupeur pour s’instiller. Mais décortiquons cette métamorphose, voulez-vous ?

Comment devient-on végane ?


Bien sûr, il y a autant de façons d’y venir que de véganes dans le monde, il n’y a qu’à voir les débats qu’on se fait juste sur la graphie ou la prononciation… Chacun, nous y sommes venus à notre manière propre, individuelle, notre “idiotie”. 🙂
On peut quand même tirer un schéma général, dans lequel tous ne se retrouveront pas à 100 %, mais suffisant pour comprendre où je veux en venir : nous avons douté d’une “vérité” : La “vérité” qu’il FAUT manger de la viande.

C’est une “vérité” avec laquelle on vit depuis toujours, on nous l’a apprise depuis tout petits, à la maison, à l’école, à la TV, dans les magazines, dans les conventions sociales, partout ! Ainsi, quand on a appris, quand on a su que cette “vérité” était fausse, et que cette erreur avait justifié tant de souffrances du coup inutiles, c’est là que la stupeur nous a pris, et pour certains juste ensuite, la colère… (je ne vous détaillerai pas les étapes du deuil, mais c’est un deuil de cette “vérité” que nous avons tous connu ou connaissons encore, pour mémoire et/ou info, les étapes du deuil sont : choc, déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation, sublimation). Cette colère est aussi pour certains le poids d’une certaine culpabilité. Combien d’entre nous s’en veulent d’avoir été carnistes sans le savoir, sans le vouloir ? C’est une période de violence et d’agressivité, beaucoup se lancent dans le militantisme à ce moment-là, c’est tout à fait légitime quand on y pense, c’est comme ça que la vérité nous a éclaté au visage, alors on essaye de la faire éclater pour d’autres… à ceci près qu’en produisant le “choc”, on provoque, avant la prise de conscience, une autre étape chez l’autre, le “déni”, mais ceci sera peut-être le sujet d’un autre article, je laisse là cette réflexion inachevée faire son chemin chez toi, revenons à notre période de deuil de la “vérité”.

Il se trouve que la mort de cette “vérité”, notre entourage ne l’a peut-être pas vécue, pas plus que la société autour de nous… Et nous nous retrouvons à devoir faire face à nos proches, à des figures d’autorité en qui nous avions confiance qui, de notre propre expérience immédiate, se trompent… Par exemple, ce médecin de famille qui nous a connus à l’époque des premiers boutons de varicelle de la maternelle, qui nous a expliqué pourquoi on avait ce vilain rhume, qui tel un grand magicien nous prescrivait des trucs aux noms tout aussi prononçables que son écriture était lisible… Cet homme à qui nous faisions confiance jusqu’à hier, nous dit aujourd’hui qu’être végane est dangereux, mortel à court terme, alors même que nous savons que c’est faux… puisqu’on a commencé à se renseigner par nous-mêmes et qu’on sait, soit directement soit par paroles rapportées parce que la science l’affirme depuis la fin des années 80 déjà, que “le véganisme, c’est safe !”. Et alors, nous doutons…

“S’il se trompe sur le véganisme, pourquoi ne se tromperait-il pas sur le reste ?”


La vérité était-elle ailleurs depuis le début ?

Avec ce doute, légitime, nous perdons confiance… confiance dans les professionels de santé, dans les médias, dans notre entourage, et pire, en nous-mêmes… Arrive un moment où l’on s’aperçoit avec stupeur que ce que nous croyions jusqu’à présent est à remettre en cause, pas la petite remise en cause perso, non, non, le grand chamboulement ! Sauf qu’on est tous différents, et que cette épreuve, on ne se sent pas tous de l’affronter seul, alors on cherche des gens comme nous, et magie de notre époque, on en trouve !

(« Tu es en train de me dire  que tu as fais une recherche… sur Google ? »)


Alors ça ne prend pas la forme d’une réunion des carnistes anonymes où l’on se retrouve en cercle à se passer le Poivron de Parole, mais c’est l’idée, on se met à fréquenter des gens qui sont plus ou moins avancés dans leurs propres réflexions, et tous, à différents niveaux, nous doutons mais douter ensemble, c’est réconfortant.

Tel un banc de poissons, nous évoluons alors, réconfortés par le groupe, agissant avec lui, réagissant comme lui, presque instinctivement, sans forcément réfléchir… mais évoluer en banc attire aussi les prédateurs. C’est ainsi qu’arrivent les charlatans de tous poils, profitant de notre néo-crédulité, car si notre doute nous a libérés, il nous a aussi rendus plus fragiles, nous avons perdu une carapace qui nous limitait mais qui nous protégeait aussi. Cette fragilité couplée au phénomène de notre nouveau groupe, nous voilà embarqués dans je ne sais quelle croyance complotiste… dans je ne sais quelle nouvelle pseudo-science new age ancestrale d’Orient… Nous voilà servis, nous, sur un plateau d’argent à tous les charlatans, qui savent bien qu’investir ces milieux-là est une garantie de revenus pour eux… voilà pourquoi dans vos magazines et boutiques véganes, vous avez autant de… n’ayons pas peur des mots cher lectorat, n’en sois pas choqué, mais : autant de conneries !

Pour éviter l’ivresse, douter moins mais douter mieux (marche aussi avec le verbe “boire”)

Alors oui, ce n’est pas ton cas cher lecteur, toi, tu n’es pas tombé dans ces pièges, soit parce que tu as une formation scientifique, et que tu as appris l’art du doute sans risquer de te brûler avec, soit parce que tu as forgé cet art du doute en autodidacte (ou via une autre formation que je ne connais pas et dont je ne peux parler sans dire de bêtises 🙂 ). Mais soyons sincères, nous savons, nous sentons que parmi nous, une assez grande majorité de VG (au sens large) est une cible, déjà atteinte pour certains, pour ces malfaisants. Et ces concitoyens et concitoyennes de la Véganie qui sont déjà persuadés de la justesse de leurs nouvelles croyances, passent pour stupides et idiots aux yeux du monde, plus encore que celles et ceux qui comme toi, comme moi, ont su douter avec parcimonie et pragmatisme.

Nous savons que notre médecin non-nutritionniste se trompe sur notre régime alimentaire, mais nous ne remettons pas en cause ses compétences en santé, donc pas besoin de nous tourner vers les “médecines alternatives” pleines d’arnaques. Nous n’avons pas besoin de crier au lobbying de Bigpharma quand il est question de vaccins. Nous n’avons pas besoin de douter systématiquement de la vérité officielle quand les preuves sont de son côté. Nous avons besoin de continuer à faire confiance aux experts lorsqu’ils parlent de leur domaine d’expertise, en gardant à l’esprit que tous experts qu’ils sont, ils restent humains, et donc peuvent se tromper, mais ça ne veut pas dire qu’ils cherchent systématiquement à nous tromper, nous.

Dans l’océan du doute, être un sexy sextant ?

Nous justement, quel serait notre rôle ? Nous avons passé l’état de stupeur, nous conservons notre idiotie, et souvent on subit les quolibets de la société, qui ne voit en nous, véganes, qu’une bande d’idiots. Peut-on vraiment leur jeter la pierre en retour ? Que leur laissons-nous voir de nous, finalement ? Les seuls d’entre nous qui semblent s’exprimer publiquement, ce sont celles et ceux qui sont encore dans leur phase de colère/marchandage, qui doutent de toutes les versions officielles, qui nous font passer pour plus idiots que nous le sommes réellement et fièrement.. car oui, nous sommes fiers de notre idiome, vous n’êtes pas d’accords ? vous êtes fiers d’être véganes, non ? Alors montrez-le ! Montrez à votre entourage, à la société qu’on peut être végane et pas anti-vaccins, qu’on peut être végane et savoir que l’homéopathie, ce sont des billes de sucres à l’eau qui ont pour seul effet réel d’enrichir des faux labos, qu’on peut être végane et instruit du monde qui nous entoure et montrons-lui, à ce monde, que la Veganie est riche de sa diversité et pas limitée à ce qu’elle donnait à voir jusqu’à présent.

Et rejoignons, “autant que faire se peut”, les bancs de nos concitoyens de la Véganie qui se font chasser par les semeurs de doute, aidons-les à reconnaître un bon doute d’un mauvais doute…!

VGarou, invité par Le Tofu Te Parle

 

 

 

 

 

 

 

Chaine Youtube : https://www.youtube.com/user/leVgarou

 

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