La principale question que je me suis posée en devenant végane et antispéciste est : pourquoi ?

Pourquoi fait-on subir tout cela aux animaux pour un simple plaisir gustatif ? Pourquoi ai-je mis autant de temps à en prendre conscience ? Pourquoi les autres mettent-ils autant de temps aussi ? Pourquoi cela ne semble pas évident à tout le monde maintenant que, moi, j’ai réussi à voir, avec toutes les vidéos et informations qui circulent (merci entre autres à L214 pour leur détermination à porter à la connaissance du grand public les conditions d’élevage et d’abattage des animaux) ? Pourquoi ???


Des « pourquoi » à en devenir dingue, parfois… souvent…

La raison pour laquelle on devient végane, du moins pour la majorité de ceux qui font ce choix, et pour moi la seule raison valable, est la défense des droits des animaux. Et elle nous tient tellement à cœur après avoir enlevé nos œillères ! On nous les avait pourtant bien collées sur les yeux depuis notre plus tendre enfance ! « Allez, mange ta viande, tu deviendras fort.e. ! Mange ton yaourt, le calcium c’est bon pour tes os ! »

L’animal n’est plus considéré comme un être sensible mais réduit à l’état de simple nourriture ou objet à exploiter.

Il y a 5 ans, je suis devenue végétarienne. Puis face à l’incohérence entre mes choix alimentaires et mon empathie envers les animaux, je suis devenue végane 3 ans et demi plus tard.

Me voilà donc en paix avec ma conscience, c’est toujours ça.

Je me suis alors presque sentie investie d’une mission. Maintenant que je savais, j’allais partager cela avec ma famille, mes amis et toutes les personnes que je rencontrerais, pour leur faire prendre conscience aussi !

« Eh, regarde ! Je suis devenue végane parce que c’est atroce ce que l’on fait subir aux animaux pour les manger alors que ce n’est pas nécessaire. Viens, je vais t’aider, je vais te montrer que c’est possible de se passer des produits issus de l’exploitation animale, et nous vivrons tous heureux, ensemble dans un monde sans cruauté ! » (ne pas oublier les petits cœurs qui s’envolent et les sourires niais qui vont avec notre sentiment de béatitude).

Sauf que…. non…

Beaucoup de gens savent, ils sont d’accord avec nous sur le moment.

Et puis on va au resto, et là, on a vraiment l’impression que ce ne sont plus les mêmes personnes. Tout le monde prend des plats à base de viande ou autres produits animaux…

Euh, j’ai loupé un épisode ? Je vous avais trouvés sacrément empathiques, j’avais même pensé que j’étais hyper douée pour convaincre (aïe, mon ego en prend un coup).

Alors ? Quid du pouvoir de persuasion des véganes sur leur entourage ? Et comment ne pas péter un plomb à force de rabâcher la même chose plein, plein de fois… Et de souvent se prendre en pleine face des argumentaires vus et revus tels que le cri de la carotte, ou le fameux : « ouais, mais tu fais quoi pour les humains, hein ??? » (ben je ne mange plus de viande, ce qui a un impact écologique notoire et qui donc, par ruissellement, bénéficie aux humains aussi… D’autres questions ?). Oui, je sais qu’il y a bien d’autres causes tout aussi nobles à défendre pour les droits humains notamment, mais s’occuper du sort des animaux ne réduit en aucun cas (bien au contraire) notre empathie envers eux également.

Il est vrai que Rome ne s’est pas construite en un jour, mais là, le problème de fond demeure : pendant ce temps, les abattages continuent d’exister, l’élevage intensif aussi, les besoins naturels et vitaux des animaux sont totalement niés en les séquestrant dans des hangars, les empêchant de prendre soin de leurs petits, les mutilant à vif, broyant des poussins, j’en passe et des pires…

Tout ceci, je l’ai en tête en (quasi) permanence. Les images vues et les informations lues me reviennent en tête à la moindre occasion.

Alors, comment ne pas sombrer dans la déprime ? Le désarroi ? Le sentiment que rien ne changera jamais et que les animaux continueront à être considérés comme des « biens de consommation » ?

Loin de moi l’idée de nous faire passer, nous les véganes, pour des victimes : les animaux sont les seules victimes du spécisme.

Comment faire alors pour les aider efficacement si nous perdons foi en la possibilité de convaincre et de changer ce monde et la mentalité des gens ?

Comment faire pour continuer à espérer peut-être un jour voir accorder « des droits fondamentaux à tous les animaux non humains sensibles : tout animal qui naît [en Utopie] dispose de quatre droits essentiels : le droit de ne pas être tué, torturé, emprisonné ou vendu. » (Aymeric Caron dans Utopia XXI)

Comment continuer à être efficace et suffisamment positif pour espérer encore créer le déclic chez les personnes qui consomment des produits issus de l’exploitation animale ?

Parfois, je ne le sais plus, et n’y crois plus. Je compose au jour le jour avec mes humeurs, mon optimisme, mon pessimisme, mes espoirs… même les plus minces.

Pour garder espoir, je me répète souvent cette citation de Margaret Mead :

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens réfléchis et engagés puisse changer le monde. En fait, c’est toujours comme cela que ça s’est passé ».

Je pense aussi qu’il faut autoriser son cerveau à se déconnecter de cette souffrance pour se préserver, arrêter de s’imposer la vue des vidéos que nous connaissons maintenant hélas par cœur.

Et surtout, ne pas rester seul.e.

S’entourer de personnes qui comprennent et qui font ces choix pour les mêmes raisons est certainement l’un des meilleurs soutiens que l’on puisse espérer.

Il y a des groupes sur Facebook, des antennes L214 dans de nombreuses villes où vous pourrez également vous initier au militantisme si vous le souhaitez.

Bien d’autres associations existent. Il y en aura certainement une qui pourra vous conforter dans l’idée que ce que vous faites est juste et vous soutenir dans vos choix.

Pourquoi ne pas également apporter son aide dans des sanctuaires qui recueillent des animaux sauvés de l’abattoir, ou maltraités, histoire de se connecter à eux, vraiment, physiquement ?

Gardons ainsi force, courage et détermination pour défendre les animaux de l’oppression qu’ils subissent et un jour les en libérer.

S@WiTi

4 commentaires à propos de “Véganisme et prise de chou (!)

  1. Ce tofu article me parle ^^ et même me réconforte 🙂 merci ; mes anciennes amitiés s’étiolent et les plus récentes me questionnent… leur dénominateur commun un conditionnement quasi inébranlable…

  2. Le véganisme, je le compare/qualifie au/de « dilemme du Père Noël » : qu’est-ce qui sera le moins ressenti comme une trahison pour l’enfant/carniste, de découvrir par lui-même qu’il a été trompé ou l’apprendre de quelqu’un d’autre !?

      1. La réactance est pour ainsi dire un « réflexe » ; lorsque l’on prend conscience de la nouvelle réalité et l’ampleur des mensonges, horreurs, dégâts et mauvaises pratiques des années passées – que c’eut été par ignorance, dénie ou vice – soit on se fait violence en mettant en œuvre les changements appropriés, soit on décharge la violence vers la personne qui porte la nouvelle, voire qui tend la main, avec tous les biais cognitifs, dissonances, troubles comportementaux et autres doxa et traditions non scientifiquement fondés 😉 c’est vieux – mais pas malin – au-moins comme… Jules César ?!

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