veganisme perfection sinon rien

 

Tout au long du cheminement d’une personne qui s’oriente vers une alimentation végétale, il n’est pas rare de tomber sur des détracteurs qui nous montrent nos « incohérences ». Un végétarien se verra réprimander sur sa consommation de produits laitiers, d’oeufs ou de miel. Un végétalien sera pointé du doigt sur le fait de porter éventuellement de la laine, du cuir ou d’avoir des produits cosmétiques et d’entretien testés sur les animaux. Et le végane lui se devra d’être parfait sinon ce qu’il fait ne servirait à rien.
Les consommateurs de produits d’origine animale (POA) et même certains véganes entre eux ont une fâcheuse tendance à vouloir à tout prix que nous atteignons une forme de pureté dans notre démarche en faveur de la cause animale et tout manquement ou tout écart sera pointé du doigt et sera vu soit comme une trahison envers notre cause, soit comme une preuve que le véganisme ne vaut rien.

L’un des cas que je lis assez régulièrement c’est celui du smartphone ou tout autre produit électronique tel qu’une télé, une console de jeu ou encore un ordinateur. La phrase typique est la suivante :

« Tu y penses au petit chinois qui a fabriqué ton téléphone ? Ah mais non, les humains on s’en fout. Les animaux sont plus importants ».

Si je devais déconstruire un peu cette phrase, la première chose que je me demande systématiquement c’est « Quel est le rapport direct entre le véganisme et le capitalisme mondial ? ».
Cela peut sembler de prime abord hypocrite mais le véganisme n’a jamais prétendu combattre le capitalisme mondial. Ca serait tout aussi idiot que de demander à une activiste féministe « Tu défends le droit des femmes en France mais tu fais quoi pour la femme musulmane qui se fait battre, lapider ou tuer dans son propre pays ? ».
Dans un second temps, il est intéressant de voir comment les gens détournent le sujet de la cause animale pour revenir à nouveau sur la cause humaine. Un discours toujours anthropocentré dans lequel les humains souffrent visiblement autant voir d’avantage que les animaux non-humains. Jusqu’à preuve du contraire, un chinois (à croire d’ailleurs que seuls les chinois fabriquent des appareils électroniques) ne finit pas dans un abattoir après avoir fabriqué 100 smartphones par exemple.
Enfin, dans la grande majorité des cas, ce sont souvent ceux qui ne font rien ni pour les humains ni pour les animaux non-humains qui critiquent ceux qui agissent en leur montrant que ce qu’ils font n’est pas suffisant.


Le végane : cet extrémiste imparfait

 

Il y a un sujet qui me fait souvent rire intérieurement. Beaucoup de gens disent que nous serions « extrêmes » car nous irions trop loin dans l’idée du véganisme. Être végétarien, ça passe. Végétalien ça peut passer. Mais végane ?
« Non mais là c’est trop extrême ».

Mais d’un autre côté, ces mêmes gens nous expliquent que si nous avons un smartphone ou que nous roulons en voiture, ce n’est pas suffisant car nous exploiterions des petits chinois et nous commettrions un carnage sur la route par rapport aux insectes. Avez-vous vu l’incohérence ?
Le consommateur de POA dit une chose et se contredit dans la foulée, prétendant d’un côté que nous irions trop loin et de l’autre que l’on pourrait faire encore mieux. Ceci est le cas typique d’une personne qui cherche à manger à tous les râteliers. Et vu que le consommateur de POA n’est plus à une incohérence près concernant son propre mode de vie, il nous prouve dans un autre contexte qu’il arrive aussi à l’être par rapport aux choses qu’il nous expose sur notre façon d’être végane.
Un végane a parfaitement conscience qu’un smartphone par exemple ne se fabrique pas avec de la poudre de perlimpinpin. Mais si exploitation il y a, 2 solutions s’offrent à lui :

– ne plus acheter ce genre de produit

– trouver une alternative plus éthique (Fairphone par exemple)

Dans le premier cas, si un végane devait se priver de smartphone sur la seule base que des petits chinois sont exploités, il ne serait pas rare d’entendre un consommateur de POA lui dire « non mais là ça va trop loin ».

Et si ce même végane conservait l’usage du mobile mais prenait le soin de ne pas le changer tous les ans, de l’utiliser jusqu’à ce qu’il ne fonctionnement plus, ou encore d’en racheter un d’occasion, les non-véganes qui le critiquent lui diraient qu’avoir un téléphone n’est pas éthique envers les petits chinois. Ne sachant évidemment pas d’où provient le téléphone et depuis combien de temps le végane le possède.
Mais si on pousse le raisonnement encore plus loin, le consommateur de POA qui critique le végane sur l’usage d’un appareil électronique sera dans la plupart des cas une personne lambda qui de son côté ne se privera pas de changer de mobile tous les ans (voir tous les 6 mois) pour avoir toujours le dernier cri en matière de smartphone. Se contredisant lui-même sur le fait de se « soucier » du pauvre travailleur asiatique tout en l’exploitation toujours plus par le fait d’acquérir un nouveau téléphone régulièrement.
E
u tout cas du point de vue du végane, quelque soit la solution qu’il choisira, il sera toujours critiqué par les uns ou les autres.

 

Ta vie ou celle des animaux ?

 

Surtout ne parlez pas de médication. « Tu ne prendrais donc aucun médicament qui pourrait sauver ta vie ? ». La loi impose que toute nouvelle molécule mise sur le marché passe par des phases de test. Et bien souvent ces tests sont faits sur des animaux. Bien heureusement des associations (Antidote) se lèvent pour démontrer l’absurdité de proposer une molécule à un humain dont les tests auraient été effectués sur un rat. En bref, actuellement quasiment tous les médicaments ont été testés sur les animaux et nous n’avons pas le choix en cas de médication de trouver une alternative végane. Sauf au travers des produits génériques qui sont une copie de produits existants mais sans tests préalables (je parle évidemment de médication conventionnelle et non de soins alternatifs).

Le non-végane cherchera toujours des cas de figure extrêmes pour voir si vous « tomberez » dans le panneau. Tout cela pour le conforter dans l’idée que vous ne suivriez pas vos convictions à la lettre.

Un végane n’a jamais prétendu qu’il faisait passer sa vie avant celle des animaux. Manger une vache, un cochon ou une poule n’est pas vital. Tout autant que boire du lait animal, de manger un œuf ou consommer du miel. Et encore moins de porter de la laine ou du cuir, d’utiliser des cosmétiques testés sur les animaux, d’aller au cirque avec des animaux, de visiter un zoo ou de regarder des cétacés déprimés et dépressifs dans un delphinarium. Mais dans n’importe quelle situation où notre existence serait menacée, nous avons bien évidemment la volonté de rester en vie (instinct de survie) comme n’importe quel individu. Et dans ce cas, si nous avons le choix de nous soigner, où serait le mal de prendre un médicament ou tout autre remède pouvant contenir des matières animales ? Aux yeux des consommateurs de POA, ça ne serait pas végane car pour suivre nos convictions à la lettre, il faudrait visiblement se laisser mourir. Et cette vision par contre n’est pas extrême, bien évidemment…

L’un des exemples qui revient souvent est celui de se retrouver sur une ile déserte et que (bizarrement) notre seule source d’alimentation serait des animaux. Irions-nous les manger pour rester en vie ?
La question que je me pose souvent à cet instant (comme bon nombre de végane) est surtout « quand est-ce que tu penses que je me retrouverai dans ce cas de figure plutôt improbable ? ».
Là où l’horreur des abattoirs est une réalité quotidienne, le consommateur de POA lui cherchera surtout à savoir ce que vous vous feriez dans une situation improbable, cherchant toujours à vous piéger avec des situations absurdes. Tout cela dans l’unique but que l’on ne parle pas trop de son inaction sur des éléments totalement concrets et journaliers que sont les exploitations animales auxquelles il participe directement.

Tu roules en voiture ? Assassin !

Pour le cas de la voiture, ça reste du même ordre. Il est impossible de ne pas écraser un insecte sur un trajet ou d’en avoir sur son pare-brise. Du coup le végane qui se soucie de la cause animale et de la planète serait imparfait car sa voiture serait source de pollution (pétrole) et surtout un élément qui ferait des victimes (insectes écrasés). La solution ? Probablement apprendre la lévitation pour ne pas marcher par terre car OUI le consommateur de POA ira jusqu’à vous dire que le simple fait de marcher peut vous conduire à écraser une bestiole (et c’est à nous qu’ils parlent d’extrémisme 😉 ).
Si vous dites à un non-végane que votre voiture est électrique (exit le pétrole) il vous fera remarquer que l’électricité en France est produite par des centrales nucléaires (et quid des batteries qui sont source de pollution à la fabrication et compliquées à recycler).
Rouler à vélo ? Il aura nécessité l’exploitation d’un humain pour sa fabrication et de la matière première (métal, plastique). Et pour les courses, on fera appelle à des livreurs ? Mince, ils utilisent des camionnettes qui roulent au diesel. Que dire d’ailleurs des gens qui utilisent leur véhicule pour aller chercher leur pain à la boulangerie qui se trouve à 500 mètres de chez eux ? Ce détail, le consommateur de POA l’oubliera bien vite, surtout s’il est lui-même coutumier de ce genre de pratique.

Si on prend les transports en commun, malgré l’impact toujours plus faible en terme d’émission de CO2, les non-véganes vous diront certainement que le train utilise de l’électricité (nucléaire) qu’en roulant il écrase forcément des insectes, que pour sa fabrication des matières premières ont été nécessaires et que des humains ont été exploités.
La solution réside peut-être dans la téléportation. Et encore, si la source d’énergie est électrique, à moins qu’elle soit renouvelable et donc verte, ça sera toujours un problème que le consommateur de POA s’empressera de pointer du doigt.

L’agriculture tue aussi.


Dites à un non-végane que la consommation de produits animaux impliquent l’exploitation d’êtres sensibles et sentients et leur mise à mort puis comptez jusqu’à trois. Vous trouvez nécessairement un consommateur de POA qui vous expliquera que les végétaux que l’on mange meurent aussi (et encore s’il ne vous fait pas le coup du cri de la carotte avec la « souffrance » des végétaux). Mettant du coup sur le même le règne végétal et le règne animal.
La plupart des consommateurs de POA se sentent subitement emplis d’une forme de compassion pour le règne végétal quand vous leur parlez de votre véganisme. Mais ce n’est rien à côté de leur vision toujours plus affûtée lorsqu’ils vous expliquent que pour produire des végétaux, des insectes ont nécessairement été tués à cause des pesticides voir même que des petits rongeurs ont du être écrasés lors de la récolte par les engins agricoles.

Tout cela le végane en est parfaitement conscient. Mais encore une fois, le consommateur de POA ne prend jamais en considération l’élément de la nécessité face à celui de l’inutilité. Manger est une nécessité vitale, c’est un fait. Mais tuer de manière volontaire un animal sensible et sentient pour un simple plaisir gustatif et comparer cela à la production d’un fruit ou d’un légume reste de l’ordre de la mauvaise foi. Certes l’agriculture provoque la mort de petits animaux, mais de toute évidence cela reste inévitable. Par contre peut-on éviter de tuer volontairement et pour le simple plaisir de nos papilles 65 milliards d’animaux terrestres ainsi que près de 1000 milliards d’animaux marins chaque année ?
Il faut croire que le consommateur de POA se préoccupe d’avantage des petits animaux qui peuvent mourir sur les exploitations agricoles que des milliards d’individus qui eux finissent dans son assiette.

Tout cela nous amène à la conclusion que notre monde reste imparfait mais qu’il est absolument inutile voir absurde de chercher une forme de perfection pour défendre une cause. Cette perfection si chère aux consommateurs de POA qui d’un autre côté vous suggéreront d’être plus « modérés » dans votre mode de vie.
Le végane n’a pas à être parfait pour défendre la cause animale. Tout autant qu’une féministe n’a pas à être parfaite pour défendre le droit des femmes ou qu’un anti-raciste n’a pas à être parfait pour défendre sa cause. Mais le végane dérange car à défaut de se préoccuper bien évidemment de la cause humaine, il a su transcender sa propre condition pour défendre une cause qui ne s’arrête pas qu’à sa propre espèce.

Les consommateurs de POA sont les premiers à nous dire que notre vision du monde serait utopique. Mais malgré cela ils chercheront à nous montrer qu’on devrait toujours faire plus là où eux ne font jamais rien (ou presque rien) pour les problèmes qu’ils exposent. Utilisant sans cesse les 2 faces d’une même pièce qu’est l’hypocrisie pour soit vous dire que vous cherchez à vivre dans un monde de Bisounours soit que vous n’êtes pas parfait. Se donnant ainsi bonne conscience en se disant que puisque nous ne sommes pas parfaits, alors les tueries perpétrées sur les animaux non-humains restent acceptables. Mettant ainsi sur un même plan de considération morale le sort de milliards d’animaux tués inutilement (et sur lequel nous pouvons agir) face aux éléments sur lesquels le végane n’a pas d’emprise direct.

 

Par Hermann Bursa

 

« Le respect de la vie et le refus d’éliminer la moindre existence sur Terre se heurtent à une difficulté de taille : le vivant se nourrit du vivant. Notre présence sur cette planète génère forcément son lot quotidien de destructions. En marchant, on respirant, en conduisant, en construisant des maisons et des immeubles, en cultivant la terre, en nous nourrissant, nous tuons au moins de minuscules animaux et nous supprimons de la vie végétale. Le seul moyen de ne détruire aucune parcelle de vie serait de ne pas exister, ce qui est tout de même gênant pour qui veut profiter de la vie. Comment résoudre ce dilemme ? Tout simplement en réduisant au maximum notre empreinte négative sur la vie»
Aymeric Caron – Antispéciste p.175 – 176

« Se sentir coupable de tout est une erreur, mais ne se sentir coupable de rien est une lâcheté »
Aymeric Caron – Antispéciste p.141

Un commentaire à propos de “Véganisme : la perfection sinon rien ?

  1. Merci beaucoup pour cet article lucide et bien argumenté 🙂
    Il est vrai que dès que l’on parle de vegan/véganisme on se fait limite insulter et traiter d’extrémiste même si on a fait que parler…
    Il pourtant déjà assez difficile d’essayer de s’appliquer à soi-même ces règles fondamentales sans que des « je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde » n’aient besoin de nous juger avec d’énormes a-priori infondés…

    Encore merci et bon week-end 🙂

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