Article original :
http://veganstrategist.org/2018/10/26/seven-possible-responses-of-meat-and-dairy-companies-to-vegan-growth/
Auteur : Tobias Leenaert
Posté le
26 octobre 2018 sur http://veganstrategist.org

Traduction : Quentin Pinaud


Les produits végétaliens gagnent rapidement en popularité. Le facteur le plus important de cette croissance ne vient pas des végétaliens, mais de ceux qui aiment acheter et goûter des produits à base de plantes de temps en temps, pour une raison quelconque (santé, animaux, environnement, variété… ou simplement parce qu’ils sont là et ont bon goût). Les entreprises qui produisent de la viande et des produits laitiers et n’offrent pas de produits végétaliens peuvent répondre de plusieurs manières à la croissance du marché végétalien (et éventuellement au déclin du marché de la viande et des produits laitiers). Ci-dessous, je passerai brièvement en revue ces différents types de réponses, en commençant par les réponses conservatrices et défensives, puis par des réponses plus progressistes et radicales.

1. Ignorer le tout

Il y a encore pas mal d’entreprises (bien que de moins en moins nombreuses) qui croient que la tendance végétalienne n’est qu’une mode qui va s’essouffler. D’autres se rendent compte que la croissance de la viande et des produits laitiers peut stagner de manière permanente et peut encore diminuer dans le monde occidental, mais espèrent tirer profit de la demande croissante de leurs produits dans les pays en développement. En effet, alors que le revenu par habitant augmente en Chine, en Inde et dans d’autres pays d’Asie, ainsi que d’Amérique latine, la demande de produits d’origine animale, selon le scénario du statu quo, devrait augmenter considérablement (voire doubler d’ici 2050). Les entreprises de viande et de produits laitiers espèrent répondre à cette demande internationale croissante. Ces possibilités d’exportation, cependant, ne sont pas un acquis. La prise de conscience de ces problèmes est en train de prendre de l’ampleur dans ces pays, et les nouvelles technologies, telles que la viande propre, risquent de mettre des bâtons dans les roues. De plus, à l’avenir, beaucoup de ces pays répondront probablement de plus en plus à leurs propres besoins et acquerront l’expertise nécessaire plutôt que d’importer de la viande et des produits laitiers de l’Ouest.

2. Essayer de la ralentir ou de l’arrêter

Certaines entreprises luttent de manière proactive ou tentent de saboter l’intérêt croissant que suscitent les aliments à base de plantes ou, en l’occurrence, la prise de conscience croissante des problèmes de bien-être et de droits des animaux.

Un exemple évident est le fait que les industries de la viande et des produits laitiers en Europe et aux États-Unis ont exercé des pressions pour interdire l’utilisation de noms de type viande et produits laitiers (des termes tels que « hamburger » ou « fromage ») pour les produits à base de plantes. En Europe, ce lobbying a été couronné de succès et a montré que le lait de soja et le lait d’avoine ne peuvent plus s’appeler « lait » mais devraient porter d’autres noms (comme « boisson »). En France, il en va de même pour les produits à base de viande. Un hamburger végétarien ou végétalien ne peut plus s’appeler ainsi. Aux États-Unis, des initiatives similaires ont jusqu’à présent été infructueuses, mais d’un autre côté, de nombreux états ont adopté ce que l’on appelle les lois « ag-gag » (muselage d’agriculture). Ces lois interdisent des choses telles que prendre des photos de fermes d’usines, dans le but d’empêcher les activistes de la condition animale de faire des images sous couverture. Des mesures répressives similaires ont été prises notamment en Autriche.

3. « Innovation traditionnelle »

Pour continuer à vendre suffisamment de produits, de nombreuses entreprises doivent constamment innover. On entend ici par « innovation traditionnelle » (le terme est en quelque sorte un oxymore intentionnel) le fait que les entreprises de viande et de produits laitiers créent des produits innovants qui incluent encore des produits d’origine animale. Un exemple de ceci est le lait sans lactose – un produit laitier que le secteur laitier veut vendre à ceux qui sont intolérants au lactose – ou du lait à certains arômes.

Beaucoup plus novateurs – je les place toujours ici, mais cela pourrait aussi être sous le point suivant – sont les produits hybrides (voir mon entretien avec Jos Hugense de Meatless). Ces produits sont composés de produits animaux et végétaux. Imaginez un « lait » composé en partie de lait de vache et d’avoine, ou de saucisse composée de 70 % de viande et de 30 % de blé, deux catégories de produits qui existent réellement.

4. Développer des alternatives pour la viande et les produits laitiers

De plus en plus d’entreprises prennent une mesure encore plus audacieuse et lancent des alternatives sans animaux des produits d’origine animale qu’elles proposent déjà. Les marques de crèmes glacées Ben and Jerry’s et Haagen Dazs, par exemple, ont lancé des saveurs végétaliennes. En Allemagne, Rügenwalder Mühle, une entreprise de viande de longue date, a lancé de nombreux produits végétariens ou végétaliens.

Glace végane de Ben & Jerry’s

5. Investissements à risque dans des entreprises à base de plantes

Certaines entreprises se protègent contre la baisse de la demande de produits d’origine animale ou s’y préparent en investissant dans d’autres entreprises produisant des produits de remplacement. Le fonds de capital-risque de Tyson Food a notamment acquis une participation dans la société végétalienne Beyond Meat et a également investi dans des start-up essayant de commercialiser de la viande propre. General Mills a investi dans Kite Hill (qui propose des fromages à base de plantes), ainsi que dans Beyond Meat. De plus, Cargill et Tyson Food ont investi dans Memphis Meat, une start-up californienne qui tente de commercialiser de la viande propre et qui a déjà produit des prototypes de boulettes de viande propres.

6. Acquisition d’une entreprise de production

Les entreprises de viande et de produits laitiers doivent également non seulement acquérir une participation dans une entreprise basée sur les plantes, mais aussi l’acquérir complètement. Cela peut être une bonne idée lorsque le producteur de viande ou de produits laitiers n’a ni l’expertise ni l’ambition de commercialiser suffisamment rapidement ses propres produits alternatifs.

Le géant français des produits laitiers, Danone, a acheté Whitewave Food, qui possède des marques telles que Silk, Alpro (une entreprise non laitière européenne), ainsi que certaines marques de produits laitiers biologiques. Danone a payé plus de 11 milliards de dollars pour l’acquisition, mais cela lui permet de faire une entrée sur le marché américain – où elle était faible – ainsi que sur le marché des plantes et du bio. Il existe de nombreux autres exemples d’acquisitions similaires, comme la société laitière finlandaise Valio acquérant la société suédoise de lait d’avoine Oddlygood, le Canadien Saputo acquérant Morningstar, etc. Le célèbre fromager végétalien Daiya a été acheté par la société japonaise Otsuka.

Pour les végétalien.ne.s qui n’aiment pas que les producteurs de viande s’impliquent dans des entreprises végétaliennes, il est important de savoir que, grâce à leurs investissements ou acquisitions, l’entreprise ou la nouvelle société mère peut soutenir la croissance future de la société végétalienne. Outre les fonds disponibles pour le développement de produits ou les budgets publicitaires, une société d’investissement ou une société mère peut également apporter son expertise en recherche et développement pour améliorer un produit. Un responsable Alpro, par exemple, a expliqué en quoi le savoir-faire en matière de fermentation de sa nouvelle société mère, Danone, serait très utile pour améliorer encore la qualité des yaourts Alpro. Tous les contrats avec les chaînes de supermarchés (ou peut-être même de restaurants) destinés à améliorer la distribution de ces produits peuvent également être fournis par une société mère.

Il est également important de noter que très probablement, une entreprise de viande ou de produits laitiers tentera beaucoup moins de saboter la croissance végétalienne (option 2 ci-dessus) si elle en profite déjà.

7. Se transformer complètement en une entreprise à base de plantes

Enfin, une entreprise de viande ou de produits laitiers peut devenir une entreprise végétalienne. C’est à ce stade un phénomène très rare, mais c’est le cas, et on ne peut qu’espérer que cela se produira de plus en plus. Un exemple est la société laitière traditionnelle new-yorkaise Elmhurst, qui est maintenant une société à base de plantes. Elle continue de vendre du lait, mais est passée de la vache à la noix pour son approvisionnement.

Si nous voulons que le végétalisme se diffuse davantage, il est nécessaire que les entreprises traditionnelles puissent se lancer, et qu’elles aient une plus grande variété d’options que de simplement faire faillite ou de devenir végétaliennes du jour au lendemain, deux cas très rares.

Voyez-vous des réponses que j’ai manquées? Faites-le moi savoir.


Retrouvez l’article original de Tobias Leenaert ici . Encore merci à Quentin Pinaud pour la traduction.

One thought on “Sept réponses possibles des entreprises de viande et de produits laitiers à la croissance végétalienne

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